Monday, August 18, 2008

Regain du tourisme, boom immobilier, traffic routier dense...

Un mirage?
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Plusieurs ont demandé de mes nouvelles en ce chaud mois d'août. Il faut dire que je m'étais éclipsée pour un moment, affairée à finaliser un projet de recherche concernant les visions de 221 jeunes du secondaire à Beyrouth sur la gestion de la diversité au Liban. La rédaction d'un ouvrage est en cours... Un premier constat: l'appartenance religieuse-confessionnelle ne constitue pas l'unique référent identitaire chez ces jeunes, ni le premier par ordre préférentiel. Un constat qui remet en question les thèses clamant haut et fort l'équivalence "sacrée" entre l'identité libanaise et la religion-confession. Je présenterai un résumé des résultats de cette enquête de terrain lors d'un prochain colloque que j'organise à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth (10-11 octobre 2008) - partenaires: l'Institut d'études islamo-chrétiennes (Faculté des Sciences Religieuses) et la Chaire de recherche du Canada en Islam, Pluralisme et Globalisation (Faculté de théologie et de sciences des religions, Université de Montréal) - , notamment sur la gestion de la diversité religieuse dans une perspective comparative entre le Liban et le Québec. Je publierai bientôt sur ce blog les informations concernant ce colloque.
Plongée dans la recherche, la rédaction, la publication et la préparation de ce colloque bi-national, je ne m'étais pas rendue compte des changements qui s'opéraient au sein de la capitale Beyrouth et des environs avec le retour d'une relative stabilité politique et sécuritaire - ce qui n'est pas encore le cas au Nord du Liban (notamment à Tripoli). En effet, les rues de la capitale et du Mont-Liban grouillent de touristes et d'émigrés Libanais rentrés momentanément en masse au bercail. Le traffic routier est de moins en moins tolérable. Les malls sont pleins à craquer, ainsi que les hôtels, les restaurants, les plages, les pubs et les night-clubs. Quant au secteur immobilier, celui-ci connaît une croissance inouïe, surtout dans les quartiers aisés. Par exemple, un appartement à Mar-Takla (Hazmieh) qui valait 300 000 $ US il y a quelques mois a actuellement doublé de prix.
Ce boom immobilier peut paraître paradoxal dans un pays en crise - voire en état de guerre permanente, avec ses périodes de combats et de statut-quo. Mais c'est sans compter l'appétit des promoteurs et les liquidités en provenance des pays arabes avoisinants (surtout des pays du Golfe) et de richissimes Libanais - voire membres de la diaspora en particulier. Selon Riad Salamé, le gouverneur de la banque centrale du Liban, les prix de l'immobilier au Liban avaient augmenté de 30 à 40% depuis le début de l'année. Pour lui cette augmentation du marché de l'immobilier est principalement liée à une bonne gestion en cette période de crise des subprimes (source: monimmobilier.blog.capital.fr).
"Malheureusement, le développement du secteur de l’immoblier se fait au détriment du patrimoine architectural libanais, dans l’indifférence la plus totale. Presque tout le monde semble trouver normal que des joyaux de l’architecture libanaise tombent sous les coups des bulldozers pour être remplacés par des tours futuristes et informes, apparemment très à la mode. Tout le monde semble aussi trouver normal que Beyrouth perde son identité architecturale et devienne à l’image de Dubaï, une ville neuve sans âme ni passé".
Le patrimoine mériterait certainement qu'on milite pour le préserver. Un peuple sans passé est un peuple sans avenir.
"La question se pose, d’autant que les organismes concernés par l’urbanisme sombrent dans un coma profond".
(...)
"La lamentable situation dans laquelle se trouve le Liban est d’autant plus triste que le pays fut un des joyaux de la méditerranée. Dans ses écrits, Lamartine cite la colline de Mar Mitr comme étant le lieu où il entrevit le sens de l’Eden, du paradis. Que dirait-il s’il se trouvait aujourd’hui au même endroit ? Comment peut-on donc remédier à pareille catastrophe ? Probablement en ayant des municipalités dignes de ce nom, c’est-à-dire des organismes composés d’une structure pluridisciplinaire dans les villes de Beyrouth, de Tripoli et peut être même de Saïda. Cet organisme de quoi se compose-t-il ?D’une dizaine de services, chacun équipé d’un personnel qualifié et spécialisé. Ainsi, le service juridique est composé de juristes spécialisés en problèmes urbains – le service géographique en personnel compétent dans le domaine écologique et météorologique – le service responsable du patrimoine devrait être équipé d’architectes et d’urbanistes et d’archéologues spécialisés dans ce domaine.Il doit y avoir des équipes responsables des questions économiques, sociales et culturelles toutes supervisées par le conseil municipal – les municipalités des villages posant un autre problème. L’erreur initiale fut le plan Ecochard. Celui-ci aurait dû planifier le nord et le sud de Beyrouth et ne pas toucher à la ville ancienne, il aurait ainsi érigé deux nouvelles villes qui se seraient étendues au nord jusqu’à Jounieh et au sud jusqu’au Damour.Voici le dernier en date des délits comme par des citoyens sans culture et sans sensibilité. Une rue qui avait une unité et une élégance remaquable. Point de palais mais des habitations dont les proportions et l’élégance des formes signalaient un peuple civilisé et raffiné. La rue Selim Bustros aujourd’hui éventrée dans l’indifférence générale. Pourquoi les étudiants ne se mobilisent donc pas pour sauver leurs villes et leurs villages ?"
"Une civilisation balayée par l’appât d’un gain lui-même destructeur de la poule aux œufs d’or des villes graduellement transformées en enfer. Or, peut-on logiquement évaluer les terrains de l’enfer ? Quelle sera donc à l’avenir la valeur des terrains de l’enfer ? Rares sont ceux qui aujourd’hui au Liban réalisent la pente irréversible dans laquelle glisse le peuple tout entier entraîné par la liberté sans entrave dont jouissent une poignée d’entrepreneurs apparemment sans culture, incapables d’ériger autre chose que de tristes tours anonymes sans mérite architectural.Et dire qu’il y a encore des personnes aussi inconscientes et aveugles pour parler de tourisme. Alors que dans les revues touristiques des colonnes entières sont consacrées à la Syrie dont le patrimoine est de plus en plus protégé, le Liban est hélas absent des voyages culturels auxquels il aurait pu prétendre s’il n’avait pas détruit l’ensemble de ses richesses tant artistiques que naturelles : mers et côtes polluées, forêts dévastées, capital archéologique déjà détruit ou en voie de destruction. Baalbek notre seule pièce maîtresse visitée à partir de Damas.Triste bilan à l’adresse d’un peuple dont les qualitésd’hospitalité, de générosité étaient légendaires et qui avait développé tant en montagne que sur la côte un art de vivrre fait de bon sens de douceur et de convivialité ainsi que d’appréciation de la nature (à Beyrouth même les habitations les plus modestes avaient un petit espace où poussait une plante odorante.Il faudrait une réorientation des mentalités et une restructuration de notre système politique et municipal si l’on envisage vraiment un avenir civilisé au Liban. Nos municipalités doivent donc évoluer d’un état embryonnaire à celui d’une structure digne d’un État qui se dit civilisé. Notre ministère de l’environnement doit sortir de sa léthargie et notre service d’urbanisme devrait être étoffé de personnes compétentes et honnêtes travaillant en étroite coopération avec les municipalités:

8 comments:

Anonymous said...

Hi Pamela!

Nice to read your articles again!


G.

Anonymous said...

Non seulement les prix de l'immobilier montent en flèche, mais aussi les denrées alimentaires, le mazout, etc. bref, les produits de base de notre vie quotidienne. Et les salaires sont les mêmes, sinon les augmentations sont minimes.
Évidemment que la situation est paradoxale! Il ne s'agit certainement pas des classes pauvres et moyennes qui arrivent à s'acheter une maison ou un appartement.

Wael

frenchy said...

euh l'augmentation est en effet générale et conjuguée également non pas seulement à la hausse des prix des matières premières mais aussi à la vague spéculative qui touche toute la région y compris Damas...
Cf le nouveau projet immobilier émirati à Damas ...

Bref on continue tjrs notre économie sur du spéculatif au lieu de privilégier les fondamentaux de notre économie (cad industrie, agriculture, services à la personne comme dans les comm etc...)

Une nouvelle erreur en perspective quand la bulle s'effondrera notamment avec une contraction en cas d'attaque contre l'Iran ou une baisse brute du cours du pétrole.

Faut absolument baisser encore plus encore les taux d'intérêts qui pénalisent eux la population libanaise face à ces augmentations et réformer notre économie en profondeur ... Mais pour cela, notre classe politique n'ose pas toucher la sacro-sainte politique haririenne qui a consisté à bunkériser une livre libanaise qui devient un handicap aujourd'hui.

Pamela Chrabieh Badine said...

Merci G., Wael et Frenchy!
A propos de ralentissement (pas encore d'effondrement), je viens de lire un article prévoyant la stagnation imminente du marché immobilier au Liban. La période "active" n'aurait été que passagère, voire un miracle (tout comme le sous-titre de mon texte). La fin de l'été s'annonce bien corsée... Stagnation du marché immobilier en vue... Crise économique qui perdure (facteurs tant internes qu'externes)... Crise politique avec ses hauts et ses bas... Et les nouvelles menaces israéliennes d'une prochaine attaque visant le Liban, mais cette fois selon le gouvernement Israélien, "on n'épargnera personne ni aucune infrastructure car le Hezbollah fait partie du gouvernement"! Ah bon! Comme si en 2006, ce n'était pas aussi le cas... Peut-être que les moyens changeront cette fois... Attaque chimique ou biologique je suppose. Si nous avons des achats à faire, c'est le temps de nous procurer des masques à gaz.
Beau matin en perspective!

faysal said...

Cet humour noir fait froid au dos !!!

Nahwa al-Muwatiniya said...

Nahwa al Muwatiniya is pleased to invite you to an open dialogue session with:
Sami Ben Gharbia; Yazan Badran; Razan Ghazzawi

Titled:
Blogging: A medium for change?



We will discuss the blogging phenomenon in the Arab world and its impact on the public opinion. We will also tackle the role of blogging in social reform and political democratization.

Sami Ben Gharbia – Advocacy director in Global Voices, co-founder of nawaat.org (a Tunisian collective blog about news and politics), and of Cybversion a collective blog of documenting censorship in Tunisia.

Razan Ghazzawi – MA student at Balamand University. She is writing her thesis on Iraqi Jews’ Literature, a photojournalist and a blogger

Yazan Badran – Syrian blogger, interested in human, social and political issues.

PLACE: Café Yet on Hadi Nasrallah Boulevard (intersection with Sfeir bridge) next to Pizza Plus, facing BLOM bank - Dahieh
DATE: Monday, August 25 at 7:00 p.m. sharp



For more information:
01 354466 / 03 562478
info@na-am.org

Pamela Chrabieh Badine said...

Salut Faysal!
Effectivement, de l'humour noir... Surtout après avoir appris ces nouvelles concernant une prochaine attaque israélienne. Le parcours humain n'est pas fait que de moments d'espoir. Un matin empreint par un désespoir momentané peut advenir de temps à autres. Heureusement qu'il ne s'agit pas d'un rituel habituel. L'humour "noir", voire sarcastique, est une forme de catharsis. Il expurge en fait l'instant éphémère du désespoir et me propulse vers une autre dimension. Il va falloir poursuivre la lutte, lutte pour la survie, et pour la vie, même si l'avenir parfois nous semble sombre.

Anonymous said...

Your blog keeps getting better and better! Your older articles are not as good as newer ones you have a lot more creativity and originality now keep it up!