Friday, September 10, 2010

L’autodafé du Coran le 11 septembre prochain, une aubaine pour Al-Qaïda

Un article de mon collegue Aziz Enhaili sur tolerance.ca: http://www.tolerance.ca/Article.aspx?ID=96196&L=fr

Un obscur pasteur baptiste a annoncé son intention de faire du 11 septembre prochain une «journée internationale d’autodafé du Coran». Une initiative islamophobe porteuse de préjudices indéniables pour la sécurité nationale et les intérêts américains dans le monde musulman. Une aubaine pour le réseau d’Al-Qaïda.Le 11 septembre prochain, Gainesville, une ville de l’État de Floride, attirera les caméras du monde entier. La raison? Une petite église baptiste, le Dove World Outreach Center (DWOC), a prévu d’organiser cette même journée sur son parvis un «autodafé d’exemplaires du Coran». En dehors de la dimension haineuse de la démarche d’un évangéliste extrémiste, cette provocation compromet la stratégie américaine de rapprochement avec le monde islamique, expose les forces militaires et les personnels américains présents sur place à des dangers supplémentaires et pourrait redonner du lustre à un Al-Qaïda-central assez affaibli actuellement. Menaçant à terme la sécurité nationale des États-Unis et leurs intérêts dans le monde musulman. D’où la nécessité d’y réagir promptement. Dans le respect de la Constitution américaine et des valeurs de cette grande démocratie.Un autodafé du Coran sur fond de haine de l’islam et de racismeLe peuple américain s’apprête à commémorer le 11 septembre prochain le neuvième anniversaire des attaques terroristes d’Al-Qaïda contre les Tours jumelles de New York et le Pentagone. La nouveauté cette année est qu’un obscur pasteur du DWOC, Terry Jones, voudrait que ses ouailles fassent du samedi prochain un «Burn a Koran Day». L’auteur du pamphlet «L’islam est le diable» a également invité d’autres églises à le rejoindre ce jour-là sur le parvis de sa congrégation pour brûler en public des exemplaires du Coran.Voir la la vidéo où Jones s’exprime sur cette affaire :http://www.youtube.com/watch?v=mGxAsDK4Kmg)Pour avoir plus de visibilité et d’impact, il a lancé sa campagne internationale sur le site Facebook. Une manière, disait-il, de célébrer la mémoire des victimes des attentats du 11 septembre 2001! Il n’a pas hésité à dire à Chris Matthews, présentateur vedette de «Hardball», émission diffusée sur l’antenne de la chaîne américaine MSNBC, que son «message radical (sic!) et clair est adressé aux musulmans, à la Charia» et qu’ «ils ne sont pas les bienvenus aux États-Unis»! Mais cela n’a pas empêché sa congrégation, qui avait distribué l’année dernière des T-shirts où était inscrit «l’islam, c’est le mal», de déclarer que son geste n’est nullement inspiré par un quelconque sentiment de haine.Détourner de cette manière honteuse les commémorations que tout un pays s’apprête à consacrer, dans la douleur et la tristesse, à un événement tragique est tout sauf un geste altruiste ou destiné à «se souvenir de ceux qui ont été tués» dans les attentats du World Trade Center. Ce geste a permis au pasteur de sortir de l’anonymat. En planifiant l’opposition d’un geste de violence symbolique extrême à un geste de violence meurtrier extrême, celui qui se dit homme de Dieu insulte la mémoire de toutes ces victimes innocentes tuées il y a neuf ans. Sans oublier le fait qu’un tel geste est contraire aux enseignements du christianisme! D’ailleurs, le Vatican a rapidement condamné cette démarche et de nombreuses églises américaines et dans le monde ont appelé à ne pas suivre les consignes de cet extrémiste. Sans oublier les condamnations fermes de la part de nombreux dirigeants de la communauté juive aux États-Unis et en Europe.Aussi, associer de facto ce moment privilégié de recueillement et de prières pour les victimes innocentes des attentats à une pratique honteuse qu’on croyait révolue depuis l’ère nazie, à savoir l’autodafé de livre, c’est ajouter l’injure à l’insulte. Cela revient à toute fin pratique à les assassiner une seconde fois.Il suffit d’écouter attentivement le pasteur baptiste pour se rendre compte que les victimes des attentats d’Al-Qaïda ne sont qu’un prétexte commode, un cache-sexe de sa haine de l’islam et des musulmans. Pour s’en rendre compte, il suffit de lire son pamphlet incendiaire mentionné ci-dessus et dont le titre est en soi éloquent. Il y ressasse de vieux clichés éculés et stéréotypes largement répandus grâce aux bons soins des produits culturels du cinéma d’Hollywood et de la propagande d’un réseau conservateur de télévision comme Fox news.Ce discours haineux s’inscrit dans une lame de fond islamophobe travaillant la société américaine et qui s’est accentuée depuis les attentats terroristes de 2001 (Nous y reviendrons dans un prochain article). Suite à la disparition de l’ex-bloc de l’Est soviétique et faute d’ennemi global à la taille de leur pays, de nombreux stratèges et faiseurs d’opinion conservateurs et néoconservateurs ont fait de l’Islam cet ennemi nécessaire et fabriqué de toutes pièces pour, entre autres, justifier les sommes colossales à investir dans des domaines comme la communication publique, la défense, le renseignement et des think tanks partisans d’un nouveau Siècle américain. Pour attiser les flammes ardentes de l’islamophobie dans les secteurs populaires de la société américaine, plusieurs commentateurs et pseudo-spécialistes n’hésitent pas à faire l’amalgame entre islam et terrorisme. D’autres moins sophistiqués exploitent l’état actuel de la crise économique aux États-Unis pour accuser ouvertement les musulmans américains de «voler» le travail des «bons» travailleurs américains!Terry Jones, un bon sergent recruteur au service d’Oussama Ben LadenQuelle que soit la motivation initiale et réelle de Terry Jones, force est de constater que sa démarche non seulement va à l’encontre de l’intérêt national américain, mais de plus représente une menace pour la sécurité de son pays.Comme tout le monde le sait déjà: les États-Unis sont dans la mire d’Al-Qaïda. Les événements tragiques du 11 septembre 2001 sont là pour le rappeler à tous. Cette pieuvre terroriste guette son heure, tapis dans l’ombre, pour débusquer la moindre faille dans le dispositif sécuritaire de «l’ennemi lointain» pour le frapper et y répandre effroi et douleur. Dans un tel contexte, tout véritable patriote américain devrait s’efforcer non de diviser son peuple ou de le polariser, mais au contraire de le garder uni face à une menace terroriste invisible.En appelant à faire du 11 septembre prochain la journée internationale de l’autodafé du Coran, le «bon» pasteur divise la société américaine et porte atteinte aux sentiments religieux de ses compatriotes musulmans. Ne l’oublions pas: le Coran est considéré par les musulmans pieux comme la Parole de Dieu, une parole qui ne souffre aucune altération. C’est donc un Livre sacré. En agissant ainsi, le pasteur baptiste fragilise les défenses de la nation américaine. En annonçant vouloir brûler le Coran pendant une journée hautement symbolique pour le peuple américain, Terry Jones rallie ouvertement tous ceux qui associent islam et terrorisme, blessant au cœur la majorité des musulmans qui sont modérés et qui, aux États-Unis comme dans le reste du monde, luttent contre les ultra-minoritaires extrémistes affiliés ou sympathisants d’Al-Qaïda ou d’autres groupes islamistes radicaux. Rendant leur tâche assez difficile et facilitant du même coup celle rhétorique des partisans d’Oussama Ben Laden.Quand on se rappelle la crise internationale créée par la publication des caricatures du Prophète Mohamed dans un journal danois («Islam/Occident: des «caricatures du Prophète» radioactives pour l’islam») et la manifestation organisée lundi dernier à Kaboul où 200 manifestants ont scandé les slogans «Mort à l’Amérique» et «Longue vie à l’islam», on se rend aisément compte de la dangerosité de la démarche du pasteur baptiste. Des groupes islamistes extrémistes en mal de publicité pourraient exploiter le «Burn A Koran Day» pour s’attaquer à leurs compatriotes de confession chrétienne ainsi qu’a leurs églises et commerce. Attisant la flamme de la violence sectaire.Dans un monde interconnecté, diffuser instantanément aux quatre coins du monde des images chocs d’exemplaires de Coran brûlés en terre occidentale attisera à coup sûr contre l’Occident la colère de la «rue» musulmane, de Casablanca au Maroc jusqu’à Mindanao au sud des Philippines, alimentant les théories hallucinantes d’un prétendu complot judéo-maçonnique œuvrant, dit-on, à la destruction de l’islam. Une telle image provocante serait, comme l’a bien dit le président américain ce jeudi 9 septembre, «une aubaine pour Al-Qaïda». D’ailleurs, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton (notamment son adresse: «A Conversation with U.S. Secretary of State Hillary Rodham Clinton», au www.cfr.org, 8 septembre 2010), le patron des forces américaines et de l’Otan en Afghanistan, le général David Petraeus (Voir Washington Post, 7 septembre 2010), et le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs (7 septembre), ne se sont pas trompés quand ils ont à la fois condamné la démarche de Terry Jones et insisté sur ses dangers éventuels.Depuis son élection, Barack H. Obama a œuvré pour améliorer une image américaine ternie dans le monde musulman à cause notamment de la politique étrangère agressive et déstabilisatrice de son prédécesseur. Grâce à plusieurs de ses engagements, à sa méthode et à son background, le monde islamique s’est montré ouvert à sa démarche de réconciliation. Indisposant Al-Qaïda. Un réseau qui ne sait plus à quel saint se vouer.Malheureusement, l’initiative du pasteur extrémiste tombe très mal pour la politique islamique du président américain. Elle conforte la rhétorique anti-américaine d’Al-Qaïda et facilite son entreprise de recrutement de nouveaux partisans du jihad armé global. Rendant assez vulnérable la sécurité des forces américaines stationnées en Afghanistan, en Irak et dans d’autres parties du monde islamique. Sans oublier la sécurité des personnels diplomatiques et des citoyens américains œuvrant ou en passage dans cette partie du monde.**Même si le pasteur extrémiste changeait d’idée (voir USA Today, 9 septembre) et que la moitié restante de ses cinquante fidèles le quittaient, le mal est déjà fait à l’image des États-Unis dans le monde musulman. On sait maintenant que le bon vivre ensemble américain ne tient qu’à un fil que tout islamophobe en mal de célébrité pourrait tenir en otage. Cela dit, les sorties des dirigeants américains et de nombreux leaders religieux chrétiens et juifs ont montré, s’il en était besoin, le caractère isolé, sectaire et non patriotique de l’initiative de Terry Jones. De leur côté, les dirigeants des pays islamiques et les leaders d’opinion musulmans dans le monde devraient inciter leurs ouailles à ne pas tomber dans le piège grossier de la violence. Autrement, ils accréditeraient les propos haineux du pasteur extrémiste qui s’acharne à associer islam et violence. Au lieu de s’attaquer à sa personne ou à son église, des religieux musulmans devraient l’inviter à visiter des pays musulmans comme la Turquie, le Maroc ou la Syrie pour découvrir l’islam en action. 9 septembre 2010 

3 comments:

Anonymous said...

Super-interessant l'article!

Dr. Pamela Chrabieh Badine said...

Merci! Les articles de Aziz Enhaili sont sur tolerance.ca

J'en publie certains.

Anonymous said...

Wow neat! This is a really great site! I am wondering if anyone else has come across something
exactly the same in the past? Keep up the great work!