Thursday, August 10, 2006

LA SITUATION EMPIRE AU LIBAN - GUERRE 2006

« Plus de trente jours encore »... Au minimum!

10 Août 2006


La situation au Liban empire jour après jour et les instances internationales semblent sourdes et aveugles face aux massacres quotidiens perpétrés par l’armée israélienne.

Selon Eli Yichaï, membre du cabinet de sécurité israélien, l’extension des « opérations terrestres » au Liban-Sud et l’offensive israélienne sur tout le territoire libanais – approuvées hier mercredi par le Conseil des ministres israélien - devraient encore durer « plus de trente jours ».

Par ailleurs, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a confirmé hier l’approbation par la Résistance Libanaise (al-muqâwama al-lubnâniyya) de la décision du gouvernement Libanais de déployer l’armée au Sud du Liban ainsi que le renforcement de la Finul.


Le moins qu’on puisse dire à ce jour, c’est que l’effusion de sang ne semble pas s’arrêter de sitôt. Aussi, le projet de résolution onusienne tel que présenté par le couple américano-français est injuste, à moins qu’on y opère des changements – d’où la pertinence des 7 points revendiqués par le Conseil des ministres Libanais (incluant les ministres-membres du Hezbollah).


Entretemps, l’interdiction de circuler dans le Sud du Liban, décrétée par Israël lundi soir mine l’acheminement de l’aide humanitaire, laquelle déjà relevait du cauchemar logistique.


Depuis la destruction par l’aviation israélienne du pont de Qassimiyé enjambant le Litani, les ONG s’efforçaient d’atteindre les régions isolées du Sud, en jouant à cache-cache avec les tirs d’artillerie et les raids aériens israéliens. Mais depuis qu’Israël a averti la population que son aviation bombarderait « tout véhicule circulant au sud du fleuve Litani », les agences de l’ONU ont annoncé mardi qu’elles suspendaient, pour raisons de sécurité, leur distribution d’aides au Liban-Sud.Aujourd’hui, l’ensemble des organisations non gouvernementales ainsi que les agences de l’ONU s’alarment du sort des populations du Liban-Sud, piégées par les combats dans la zone frontalière avec Israël, mais aussi des énormes difficultés à circuler dans l’ensemble du pays en raison des destructions des routes et des ponts, et de la menace permanente des bombardements.En visite depuis mardi à Tyr, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Jakob Kellenberger, a plaidé pour que l’aide humanitaire parvienne d’urgence aux habitants de cette région, estimant à 100 000 le nombre de civils en situation précaire dans la région. Il s’est même rendu hier en Israël à travers le poste-frontière libanais de Naqoura à bord de deux voitures frappées du sigle du CICR.L’organisation britannique Oxfam a qualifié hier « d’épouvantable » la situation humanitaire au Liban, expliquant qu’il est extrêmement difficile de faire parvenir l’aide là où il y en a le plus besoin, c’est-à-dire dans le Sud. Selon Ian Bray, porte-parole de l’agence, « il y a des attaques sur le moindre mouvement. On nous informe que les chauffeurs de camions refusent de travailler parce qu’ils ont peur d’être les cibles des missiles israéliens ». En outre, a-t-il ajouté, « le bombardement des routes et des infrastructures entrave tous les efforts, même quand nous réglons le problème de la sécurité ». D’autres organisations soulignaient les difficultés logistiques rencontrées localement pour distribuer l’aide. « À Tyr, quatre “cuisines” distribuent des plats chauds et de l’eau à environ 1 000 personnes chaque jour », selon Aurélie Dussossoy, de l’organisation française Première urgence. Mais, a-t-elle raconté, « les fournisseurs locaux commencent à rencontrer des problèmes, car les routes ont été bombardées. Nos équipes vont essayer d’acheminer l’aide depuis Beyrouth, avec des petites voitures, en contournant les routes détruites ».Depuis lundi, le Programme alimentaire mondial (PAM) demande vainement aux Israéliens un sauf-conduit pour reconstruire un ouvrage sur le Litani et étudier la possibilité d’un nouvel itinéraire menant au Sud. « Nous n’avons pas réussi à trouver un nouveau passage et nous avons été aujourd’hui dans l’impossibilité d’envoyer nos véhicules en reconnaissance en raison de la situation sur le plan de la sécurité », a déclaré Robin Lodge, porte-parole du PAM. « Mais nous espérons le faire demain si nous pouvons obtenir les assurances adéquates. » Selon lui, le PAM souhaite obtenir une autorisation pour deux vols humanitaires en provenance de la Jordanie et pour acheminer quelque 170 tonnes d’aides venant de Syrie. Un convoi similaire arrivé mardi n’a pas pu continuer sa route à la suite de la destruction par les Israéliens de ponts autoroutiers.Alimenter le Sud, à tout prixL’ONG Mercy Corps a de son côté annoncé que le pilonnage intense aux abords de la ville de Nabatiyé, au Sud-Liban, l’avait obligée à annuler l’envoi de secours à partir de Beyrouth. Mais elle espère rapprocher ses stocks plus au sud de manière à les répartir dans toute la région dès que la situation le permettra. « La sécurité est si volatile que dès que c’est sûr et que nous obtenons les feux verts nécessaires, le secteur en question est aussitôt attaqué », explique Cassandra Nelson, porte-parole de Mercy Corps.D’après l’ONG Médecins sans frontières, les villages censés avoir été désertés renferment encore de nombreux habitants trop pauvres ou terrorisés pour quitter leurs foyers.« Lorsque nos équipes se rendent dans les villages, ce qui devient de plus en plus difficile en soi, il reste toujours des civils même si ces localités paraissent désertées », affirme Bart Rijs, porte-parole de MSF.MSF, obligée de ne pas intervenir ces derniers jours, envisage de reprendre ses activités prochainement malgré l’interdiction israélienne sur les déplacements, a-t-il ajouté. « Nous ne l’avons pas encore tenté, mais nous voudrions sortir à nouveau demain de Tyr », dit-il.Une note d’espoir, cependant, au sein de cette alarmante situation : le HCR à Beyrouth, dont les stocks se sont réduits « de façon alarmante », a annoncé hier qu’un convoi de six camions était finalement arrivé la veille dans la capitale libanaise depuis la Syrie, le premier à avoir pu emprunter la route côtière bombardée jeudi dernier.De son côté, la Russie a envoyé hier un premier avion d’aide humanitaire pour le Liban, chargé de tentes, matelas et couvertures, a indiqué le ministère russe des Situations d’urgence. L’avion, un Iliouchine Il-76, a décollé vers 10h heure locale (6h GMT) de Moscou pour Larnaca où le matériel – un millier de matelas, 2 000 couvertures et 4 000 coussins – sera remis aux représentants du Programme alimentaire mondial des Nations unies. L’aide sera ensuite acheminée par bateau vers le Liban. La Russie a prévu d’effectuer trois autres vols, deux le 11 et un le 15 août. Ils livreront 20 tonnes de conserves de viande et de lait, dix tonnes de riz, cinq tonnes de sucre, 22 tonnes de médicaments et équipements médicaux ainsi que des groupes électrogènes. (OJ, 10 août 2006)

Tout est bloqué au Sud… La commission européenne a de nouveau mis en garde hier contre le risque d’une catastrophe humanitaire au Liban si le conflit se prolongeait… En fait, la catastrophe a depuis longtemps frappé le Liban et continue de le frapper quotidiennement. L’organisation britannique Oxfam a qualifié, pour sa part, la situation dans le pays « d’épouvantable ».

Ma seule consolation : la population Libanaise se serre de plus en plus les coudes, ainsi que beaucoup d’individus et de collectivités de la diaspora et d’amis-es et de sympathisants-es à travers le monde. Plusieurs « cellules de crise » sont entrain d’être implantées, comme au Liban avec l’association Nahwa al-Muwatiniyya laquelle met sur pied un programme de lutte contre la désinformation médiatique au niveau international ; comme également à Paris, avec la création d’une cellule de crise et d’information sur Liban par des journalistes libanais en poste à Paris, afin d’aider les professionnels étrangers de l’information qui veulent partir couvrir la guerre au Liban.

« Les uns cherchaient des familles de réfugiés libanais arrivés en France, les autres voulaient une interview avec des ministres libanais. D’autres qu’on les renseigne sur la meilleure façon de rejoindre Beyrouth malgré les routes coupées », explique de son côté Zeina el-Tibi, qui écrit pour La Revue du Liban. Tous ces journalistes ont déjà vécu la guerre et savent que travailler en ce moment au Liban peut être dangereux. Se rendre dans certaines zones est une vraie gageure ; sans tuyaux ni contacts, la mission devient quasi impossible. « Il faut des guides, des gens sûrs qui connaissent les lieux, des chauffeurs, des taxis... Tout ça on peut l’organiser. On connaît aussi des techniciens et des pigistes, des gens qui peuvent travailler en free-lance », souligne Émilie Hasrouty, journaliste de la radio RMC Moyen-Orient. L’objectif, explique-t-elle, c’est aussi que les médias français « montrent autant ce qui se passe au Liban qu’en Israël », estimant que ce n’est pas le cas, malgré la large couverture donnée au conflit. Élie Masboungi indique, à cet égard, qu’il n’y a pas « assez d’images sur le Liban. Les équipes françaises envoyées sur place ont du mal à tourner. Beaucoup d’argent ont été investis pour la couverture en Irak et on dirait que les moyens manquent pour le Liban ». Tous ces Libanais ont passé les dernières semaines « scotchés » à leur téléviseur, avec l’angoisse au ventre, littéralement. « À RMC, on est une trentaine de Libanais et on a tous des maux d’estomac », confie Émilie Hasrouty, dont toute la famille est restée au pays. Elle poursuit : « On est journaliste avant d’être libanais. Mais au niveau personnel, ce n’est pas facile. »Quant à Élie Masboungi, il ne s’est pas rasé depuis la mi-juillet. Il affirme qu’il le fera « dès que le dernier soldat israélien aura quitté le Liban ». « Ça peut durer », assure-t-il (OJ, 10 août 2006).


Il est 12h30 : je viens de savoir qu’un immeuble – l’ancienne tour de la Radio de l’État Libanais - sur la côte beyrouthine (dans la région de Qoraytem, où se trouve la résidence de l’ancien premier ministre sunnite Rafic Hariri, assassiné en février 2005) vient d’être bombardé… Et que la côte d’Amchit au Nord du Liban vient également d’être bombardée : l’Armée israélienne a visé la Radio de l’État Libanais !!


TÉMOIGNAGES D’AMIS-ES, LECTEURS ET LECTRICES



Chère Pamela,Les citoyens de beaucoup de pays ont manifesté pour un cesser le feu, comme tu le sais déjà nos pensons à vous très fort et chaque semaine on se dit que ça va bientôt se terminer en n’y croyant plus vraiment maintenant.Même l’espoir que je nourris sans vraiment y croire me fait honte, j’ai honte de cette race humaine pour qui un chiffre de plus ou de moins sur un tabloïde ne fait pas regretter le cadavre d’un enfant de 6 ans. On se sent floué par l’espoir perdu et devant tant d’anéantissement.Je souhaite que cesse ce massacre et j’adresse ce souhait au reste d’humanité qui réside en chacun de nous.à vous Pamela, Nicolas, Michèle et votre famille. Mel et Greg (Montréal)

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Chère Pamela,

cela fait une bonne quinzaine de jours que je vous suis, que j'essaye d'ouvrir mes yeux et ma conscience à cette réalité atroce que vous nous décrivez chaque jour, ce cauchemar dont vous êtes l'otage, fait de massacres, d'acharnements, de délire politique, de langage inhumain. L'absurde, l'aliénation, la dictature du non-vivant est si répandue, est si évidente... Cette Mort se dévoile dans les discours et actions politiques, dans le traitement des médias, dans le manque de solidarité des concitoyens du globe, etc. Ma chère Pamela, on est tous pris en otage par cette Mort qui ravage notre nature, notre esprit, nos vie, rendant l'existence dans cette planète de plus en plus cauchemardesque. Nous re-voilà tous spéctateurs anésthésiés, donc impuissants, face à cette spirale infernale qui s'acharne contre le peuple libanais, contre son innocence, son désir, sa danse. Face à ce délire, je ne peux plus suivre les évenements si ce n'est qu'à travers votre courageuse voix qui fait de ce témoignage une résistance, un appel à la Vie... Votre voix est celle du peuple, de l'innocent qui cri sa colère, qui voit son existence assiègé par l'absurde, par le calcul, la stratégie, la geopolitique... Trop c'est trop, on est allé loin dans nos délires au point d'oublier la fragilité et, donc, la grandeur de l'être humain, cet être capable d'aimer, de chanter, de rire, de danser... Vous, libanais, vous êtes rentrés dans cette nouvelle ère où la Vie n'a plus de valeur hors le langage-chloroforme des politicies, des journalistes et même des citoyens aveuglés par la peur et par le manque de vie...; mais bientôt sera le tour des autres peuples vivants pusique le problème n'est ni syrien, ni iranien, ni américain, ni israélien, ni européen, ni libanais... le fond du problème est le lien avec la Vie, avec cet Autre qui est en Moi, avec ce Moi qui est en l'Autre... Et tant que la victime et l'assassin ne comprendront pas qu'ils sont la même personne, on est loin d'une solution à long terme, durable... C'est la Vie qui est assiégé, pas un quelconque peuple ou nation... Et on est, evidemment, tous concernés.

Courage!

Fayçal A. Bentahar
Tanger, Maroc

PS: Je vous informe, même si cela peut vous paraître superflue en ce momment, qu'avec un groupe de cinéastes amis, on prépare une chaine de courtmétrages en solidarité avec le peuple libanias qu'on va projeter dans tous les festivaux de cinema du Maroc, répondant ainsi à l'appel qui a été fait par les cinéastes libanais réunis à Paris lors de la Biennale Arabe de L'Institut de Monde Arabe.

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QUELQUES ARTICLES DE LA PRESSE



Conflit au Liban - Qui sont ces Canado-Libanais de retour au pays?
Lisa-Marie GervaisÉdition du samedi 29 et du dimanche 30 juillet 2006


Les mobilisations massives pour que cesse le conflit entre Israël et le Liban qui a fait déjà près de 600 victimes, dont les trois quarts du côté libanais, ont braqué les projecteurs sur la communauté libanaise du Canada, estimée à un quart de million. Près de 20 % des Canadiens d'origine libanaise se trouvaient au Liban au moment de la conflagration. De quoi susciter des interrogations.
Une multitude de petits commerces hétéroclites portant des inscriptions en arabe et en français se succèdent de part et d'autre du boulevard de l'Acadie. Au coeur de l'artère, une petite foule se presse aux portes de l'épicerie libanaise Adonis, littéralement une institution emblématique de la libanité dans le paysage montréalais. «Bienvenue à Ville-Saint-Liban !», comme se plaisent à dire ceux qui habitent l'arrondissement de Saint-Laurent. À voir ce quartier bourdonner de gens s'exprimant en arabe, il difficile de ne pas se croire au pays du Cèdre. Et pour cause, la région montréalaise concentre 89 % de tous les Libanais d'origine, soit environ 45 000 personnes, principalement installées dans les arrondissements de Saint-Laurent, Athuntsic-Cartierville et Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce. C'est également dans la métropole, plus particulièrement dans le Vieux-Montréal, que les premiers immigrants syro-libanais ont d'abord choisi de s'installer en 1882. Dès lors, une longue tradition d'immigration est venue enrichir la mosaïque culturelle d'un océan à l'autre. Alors que Statistique Canada recensait 143 635 citoyens canadiens d'origine libanaise en 2001, le ministère des Affaires étrangères les évaluait à 250 000. Oeuvrant d'abord comme colporteurs à leur arrivée à la fin du siècle dernier, de nombreux Libanais ont battu la semelle à Ottawa, Sherbrooke et même au Lac-Saint-Jean. Si bien qu'en 1901 environ 2000 Syro-Libanais avaient déménagé leurs pénates au Canada. Par la suite, une politique restrictive dite d'immigration «anti-asiatique» -- qui visait principalement le Moyen-Orient -- a quelque peu freiné les ardeurs des nouveaux arrivants jusqu'au milieu des années 50.
Cette tendance migratoire à la baisse s'est toutefois inversée pendant la guerre civile (1975-90). Une vague d'émigration massive de Libanais est alors venue grossir les rangs de la communauté déjà fort nombreuse au Québec, et plus particulièrement à Montréal. «À partir de 1986, l'immigration s'est diversifiée sur le plan religieux. Essentiellement des professionnels chrétiens issus des 19 confessions reconnues par l'État, les nouveaux arrivants étaient également musulmans», souligne Karim Lebnan, auteur d’un mémoire sur l'identité libanaise au département d'histoire de l'Université de Montréal.

La bosse des affaires
«Jusqu'à tout récemment, l'intégration économique des Libanais se faisait très bien et ils se situaient au-dessus de la moyenne canadienne pour le revenu médian», note M. Lebnan, qui est maintenant contractuel à Statistique Canada. Au risque d'alimenter les stéréotypes, il n'est pas un endroit dans le monde où il n'y ait un Libanais qui ait quelque chose à vendre, remarque-t-il. Détenteurs de petits commerces, notamment dans le domaine du textile et de la restauration, plusieurs membres de la communauté ont la réussite dans des entreprises d'envergure comme Cedar, Clic, Amir et compagnie. «Les Libanais ont toujours été pro-marché libre. Ils aiment à projeter cette image qu'ils viennent du plus libéral des pays arabes», estime M. Lebnan, né d'un père libanais et d'une mère québécoise. Pourtant, certains ont connu le «choc de l'Amérique» à leur arrivée. «Beaucoup de Libanais qui avaient baigné dans la culture française s'attendaient à retrouver la même chose qu'en France. Ils se sont heurtés à l'américanité», souligne-t-il. Selon lui, l'intégration des immigrants varie selon le bagage culturel et l'appartenance à un groupe. «Les Libanais sont très différents les uns des autres, il n'y a pas de ciment fort notamment sur le plan culturel. Il y a même des Libanais plutôt individualistes pour qui seule la réussite compte. Ces gens-là ne vont pas aux manifestations et sont complètement déconnectés de la vie de la communauté. Une bonne partie d'entre eux ne se reconnaît pas dans le conflit israélo-palestinien», soutient Karim Lebnan, diplômé d'études cinématographique à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth. «La conscience commune est plutôt liée aux moeurs, à la bouffe. C'est dans les petits gestes, la sensibilité et les rapports familiaux qu'on se retrouve», dit-il. 50 000 Canadiens au Liban Pressé de toute part de réagir à la crise israélo-libanaise, le gouvernement du Canada a dû entreprendre la semaine dernière la plus vaste opération d'évacuation de son histoire, environ 50 000 citoyens canadiens se trouvant en territoire libanais. Pourquoi près de 20 % de la diaspora s'y trouvait-elle à ce moment précis de l'été ? «Beaucoup ont réellement cru en la paix qui régnait depuis un certain temps et en ont profité pour aller visiter leurs proches et amis», croit Hatem Hariri, ancien président du centre islamique de Montréal. Il estime à 1,5 million le nombre de Libanais ayant émigré ailleurs dans le monde qui font chaque année un retour aux sources. «Depuis que la plupart des compagnies aériennes ont recommencé à effectuer la liaison, il est tout naturel pour eux de retourner au pays pour prendre des vacances», confirme Elie Moujaés, rédacteur en chef du journal Al-Akhbar, tiré à 25 000 exemplaires à travers le Canada. Certains ont choisi de quitter le Canada après avoir obtenu leur citoyenneté en raison des difficultés d'intégration, note pour sa part Marie-Joëlle Zahar, professeur au Département de sciences politiques de l'Université de Montréal. «Le Canada est un pays qui veut des immigrants qualifiés mais qui a du mal à les intégrer au niveau professionnel. Beaucoup de gens se sont retrouvés dans des professions peu ou mal payées, constate-t-elle en ajoutant qu'il n'est pas rare de voir des ingénieurs gérer des pizzerias. Quand la situation s'est améliorée au Liban, ils ont fait un calcul économique et en sont venus à la conclusion que rentrer au pays était la meilleure chose pour subvenir à leurs besoins et assurer l'avenir de leurs enfants.» Selon Mme Zahar, non seulement un médecin gagnerait plus au Liban que s'il exerçait à Montréal, mais il bénéficierait également d'une situation plus avantageuse en matière d'impôt. À ce jour, à peine 10 000 ressortissants canadiens ont été rapatriés par les autorités canadiennes dans 34 avions, sans compter ceux qui sont rentrés par leurs propres moyens. Et les 40 000 autres ? «Plusieurs Canadiens se trouvant dans les régions touchées n'ont jamais pu se rendre au port d'où se faisait l'évacuation. Devant des routes impraticables et n'ayant aucune garantie de sécurité, les gens ont préféré ne pas bouger», affirme Mme Zahar. Pour d'autres, bien qu'il ait été difficile à faire, un choix s'imposait. «Qui peut vraiment savoir pourquoi les gens décident de ne pas partir ? Il y a sans doute des gens qui ont décidé de rester car ils ont des parents trop vieux qu'ils ne veulent pas laisser seuls. D'autres ont fait des investissements qu'ils souhaitent garder à l'oeil», avance-t-elle en ajoutant que pour certains partir reviendrait à abandonner leur pays et à le laisser aux mains de l'envahisseur. Polémique sur la double citoyenneté Selon les dernières données de la Croix-Rouge, sur les quelque 10 000 personnes rapatriées dans la trentaine d'avions nolisés par le gouvernement, environ 2500 personnes sans ressources ont eu besoin d'une assistance immédiate à leur arrivée à l'aéroport Montréal-Trudeau. Si environ 1000 personnes étaient en transit vers une autre province, quelque 1500 autres sont restées sous la coupe des organismes communautaires et des différents ministères provinciaux, notamment celui de l'Emploi et de la solidarité sociale, qui leur ont fourni une aide financière et un logement. Selon Christian Therrien, porte-parole de Services Québec, il est fort probable que la plupart de ces arrivants dépourvus de famille et de foyer, ne soient plus résidents du Canada depuis un certain temps. Dans les faits, un citoyen qui ne réside plus au Canada et n'y paie plus d'impôt recouvre presque immédiatement ses privilèges lorsqu'il revient au Québec, notamment en ce qui concerne les soins de santé. En vertu d'une disposition législative (art. 4.2), tout Canadien rapatrié au pays n'a pas à subir de délai de carence. «À condition que la personne soit admissible, qu'elle prouve qu'elle a l'intention de rester ici, par exemple», assure Rita Leblanc de la Régie d'assurance maladie du Québec. «Ça donne l'impression que certains Canadiens reviennent pour profiter du système, a dit Mme Zahar en faisant allusion aux critiques reliées à la double nationalité. Pourtant, ce n'est pas un problème qui est unique aux Canadiens d'origine libanaise.» À titre de comparaison, selon l'ambassade du Vietnam à Ottawa, parmi les 250 000 Vietnamiens vivant au Canada, près de 25 000 auraient décidé de rentrer au pays en 2003. Une tendance qui se serait maintenue depuis. «Je trouve malheureux que dans un moment pareil on fasse des comptes d'épicerie. Ça va contre les valeurs canadiennes que d'en faire une telle polémique», déplore Mme Zahar. Selon elle, la crise au Liban soulève de nombreuses questions auxquelles le gouvernement devra nécessairement réfléchir, notamment pour ce qui est des accords fiscaux entre les pays et de la responsabilité du Canada envers ses ressortissants non résidents. À titre d'exemple, elle rappelle le cas de Zahra Kazemi, détentrice de la double nationalité canadienne et iranienne, qui avait été tuée sur le territoire iranien et dont la mort avait soulevé la question de la responsabilité canadienne. «Les immigrants canadiens ont-ils les mêmes droits que ceux qui sont nés au Canada ?» s'interroge Mme Zahar, sceptique. Quant à savoir s'il y aura une recrudescence des demandes d'asile au pays à la suite de cette conflagration, il est encore trop tôt pour répondre en ce sens, selon Citoyenneté et Immigration Canada. Karim Lebnan n'est pas convaincu que le conflit conduira à une émigration ou à un retour massif des Libanais au Canada. «Pour des gens qui ont vécu 15 ans sous les bombes, ce ne sont pas quelques jours de bombardements qui les encourageront à partir», lance-t-il.

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Off-the-cuff relief has been great but could be better

Thursday, August 10, 2006


The Daily Star, Lebanon

Editorial


With upward of 1 million Lebanese forced out of their homes by war, some very essential activities are being carried out by a variety of what might seem like unlikely actors. From artists and bankers to waiters and singers, many people from all walks of life are giving of their time, their money and their homes to help those less fortunate than themselves. The effort is almost exclusively ad hoc, so there has been room for both waste and corruption, but the fact remains that the Lebanese spirit has once again risen to the occasion: Acts of kindness and generosity have far outnumbered those of greed and selfishness.
This degree of moral success, though, is no substitute for practicable results. It is not too late - and certainly not too early - to recover from initial failures of planning, so the Cabinet has a responsibility to take charge of this situation to whatever extent it can, and work with Parliament to oversee the process to help ensure an adequate level of efficiency. This is especially true because there is no way of knowing how long the war will last. And even if it were to end tomorrow, there would be nothing lost by having worked on contingency planning for emergencies, an area of government activity that could obviously benefit from an injection of forethought, intelligence and organizational resources. http://www.dailystar.com.lb
There is also a place for the private sector in this process. Lebanese companies are feeling many of the same pains that Lebanese families are, so it is only fitting that they pool their efforts in order to relieve both individual and collective suffering. For those captains of industry whose enthusiasm is not piqued by altruism, helping potential customers in their hour of need is also excellent public relations.
The state and the private sector, along with non-governmental organizations, will have to hit the ground running to keep this country afloat when the war ends. There is no better time than now to start getting ready.

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De la censure aux bombardements: Al-Manar : comment Israël a étranglé la voix de la Résistance libanaise

9 Août 2006
Thierry Meyssan

La campagne pour la censure mondiale de la télévision du Hezbollah a débuté fin 2003 à l’initiative de l’état-major des Forces armées israéliennes. Accusée de diffuser des programmes antisémites, elle n’a jamais été condamnée pour de tels faits, mais interdite pour des motifs d’ordre public. Cette campagne, dont Thierry Meyssan retrace ici l’histoire et révèle les acteurs cachés, était explicitement conçue en vue de supprimer la voix de la résistance libanaise avant d’attaquer et de détruire le pays du Cèdre.
C’est un principe immuable de la propagande : pour qu’un mensonge paraisse une vérité, il convient d’abord de s’assurer qu’aucune voix dissidente ne viendra le contredire, puis de le répéter inlassablement. Aussi, avant de lancer son offensive en Palestine occupée et au Liban en invoquant la légitime défense, Israël s’est assuré qu’Al-Manar, la chaîne de télévision de la Résistance à l’occupation du Sud-Liban, du Golan syrien et de la Palestine, ne parviendrait plus en Europe, aux Amériques et en Océanie.Il est probable que bien des acteurs qui participèrent à cette censure n’en mesurèrent pas les conséquences dramatiques. Mais tous voulaient empêcher un débat contradictoire et favoriser les mensonges israéliens. Tous ont donc une responsabilité dans les crimes qu’ils ont rendu possibles.En outre, l’histoire de cette censure nous apprend beaucoup sur les filières et les méthodes d’influence des Forces armées israéliennes en France et dans le monde.
Prélude : « Quant on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage »Que l’on se souvienne : Al-Manar est une chaîne de télévision créée par le Hezbollah en 1991 et diffusée par satellite depuis 2000. Elle propose principalement des bulletins et magazines d’information consacrés à l’occupation militaire israélienne, entrecoupés de quelques émissions de divertissement.Israël et les États-Unis, mais aussi le Canada et les Pays-Bas considèrent le Hezbollah comme une « organisation terroriste », c’est-à-dire un ennemi non-étatique. À l’inverse la France et les États qui lui sont proches entretiennent des relations courtoises avec le Hezbollah au point que le président Jacques Chirac l’ait invité à participer au sommet de la Francophonie et que Bernadette Chirac ait accepté d’inaugurer plusieurs de ses œuvres charitables.Bien qu’Al-Manar soit un média, ou plutôt puisque Al-Manar est un média, il est devenu une cible obsessionnelle de tel-Aviv et de Washington.Les hostilités commencèrent le 3 mai 2003, lorsque le secrétaire d’État Colin Powell en visite officielle en Syrie interdit l’accès d’Al-Manar à sa conférence de presse [1]. En octobre de la même année, le département d’État des États-Unis proteste auprès de ses homologues syriens et libanais à l’annonce de la diffusion par Al-Manar d’un feuilleton intitulé Al Chatat (La Diaspora). Celui-ci présente en effet une version jugée erronée de la création de l’État d’Israël et de nature à raviver l’antisémitisme [2]. Ne tenant pas compte de ces pressions, la chaîne commence la diffusion de la série pendant le Ramadan, mais les autres télévisions arabes renoncent à la reprendre [3]. En définitive, à la suite de la diffusion d’un épisode litigieux, Al-Manar retire la série de sa programmation.Le Middle East Media & Research Institute (MEMRI) lance alors une campagne internationale pour l’interdiction d’Al-Manar. Le MEMRI est un puissant lobby, basé à Washington, qui se présente comme une initiative civile. Il a en réalité été fondé en 1998 par les officiers de renseignement des Forces armées israéliennes Yotam Feldner et Aluma Solnick, sous le commandement du colonel Yigal Carmon. Il est intégré dans un réseau d’associations néo-conservatrices aux États-Unis [4].Relayant cette campagne, le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), saisit à Paris le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Le CSA est « une autorité administrative indépendante » chargée de réguler le secteur audiovisuel. Il est présidé par Dominique Baudis, ancien représentant en France du Carlyle Group, le fond de placement commun des familles Bush et Ben Laden [5].Profitant de sa cérémonie de présentation des vœux à la presse, M. Baudis annonce avoir saisi le procureur de la République et avoir demandé un rendez-vous au président du directoire d’Eutelsat pour déterminer comment empêcher la diffusion d’Al-Manar coupable, à ses yeux, d’incitation à la haine et à la violence [6].Une semaine plus tard, Israël célèbre sa « Journée nationale du combat contre l’antisémitisme » [7]. À cette occasion, le général Moshe Yaalon déclare : « Près de 60 ans après la libération d’Auschwitz, l’antisémitisme menace toujours la vie des juifs, tout en ayant changé de visage et de stratégie ». Il organise avec Nathan Sharansky [8] un visionnage par l’état-major d’extraits du feuilleton d’Al-Manar [9]. M. Sharansky cumule les fonctions de vice-Premier ministre d’Israël et de conseiller du président des États-Unis dont il écrit parfois les discours.La radio militaire israélienne annonce alors qu’Israël a engagé diverses actions pour faire interdire Al-Manar en Europe et range l’initiative du CSA sur requête du CRIF comme premier résultat de cette campagne [10], propos confirmés par le ministère israélien des Affaires étrangères.Premier acte : l’argument antisémiteLe 31 janvier 2004, le Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, invité au dîner annuel du CRIF, déclare avoir visionné la cassette vidéo préparée par les Forces armées israéliennes en compagnie de son ministre Nicole Guedj, par ailleurs conseillère du CRIF. Il annonce à son auditoire ravi son intention de changer la législation de manière à permettre au CSA et au Conseil d’État d’interdire administrativement Al-Manar sans attendre que la chaîne soit jugée ou condamnée pénalement [11]. La précipitation du Premier ministre ne s’explique que par sa conviction que l’accusation portée contre Al-Manar est outrancière et que la justice pénale ne prononcera aucune sanction. Pour satisfaire ses hôtes, il choisit donc d’introduire une loi d’exception.Les nouvelles dispositions sont hâtivement insérées dans une loi sur les services audiovisuels, approuvées par les deux chambres et publiées au Journal officiel le 10 juillet. Deux jours plus tard, le CSA saisit le Conseil d’État pour prononcer une interdiction administrative. Interrogé sur cette procédure, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères déclare : « Nul ne doit douter de la détermination de la France à lutter contre toutes les manifestations de racisme et d’antisémitisme », laissant entrevoir ce qu’il faut comprendre par « indépendance » du CSA [12].Interloqués par cet aveu, le Conseil national de l’audiovisuel libanais – bientôt suivi par toute la classe politique libanaise - appelle la France au respect de la liberté d’expression [13]. Le Conseil libanais demande même à tous les médias arabes d’observer une journée de solidarité avec Al-Manar, le 12 août [14]. Commentant le litige devant la presse, le ministre libanais des Affaires étrangères Jean Obeid souligne : « Nous ne voulons pas nous ingérer dans le travail de la justice française, mais nous croyons que l’aspect politique domine dans cette affaire (…). À chaque fois qu’on critique une injustice historique commise par certains Israéliens ou juifs, c’est perçu comme une critique au peuple juif ou à sa religion » [15]. Le président libanais en personne Émile Lahoud publie un communiqué solennel indiquant : « Toute mesure qui serait prise contre Al-Manar portera atteinte aux médias libanais et les empêchera de faire parvenir leurs points de vues à l’opinion publique française et européenne qui a commencé à comprendre, par le biais des chaînes satellitaires libanaises, la justesse de la cause arabe et à dénoncer les pratiques israéliennes agressives » [16].À ce stade de la polémique, il est évident que la sélection d’extraits du feuilleton réalisée par l’état-major des Forces armées israéliennes est trompeuse. Coupées de leur contexte, les scènes paraissent « insupportables », selon l’expression de M. Raffarin. Mais, replacées dans le cours de l’œuvre, elles sont caricaturales et comparables à bien des scènes de feuilletons anglo-saxons, exceptées qu’elles ne dénigrent pas les mêmes populations. On peut déplorer que ce feuilleton lamentable ne soit pas à la hauteur du reste des programmes d’Al-Manar, il ne fournit qu’un prétexte bancale, d’autant que la chaîne a interrompu la série. L’accusation portée par le président Lahoud est confirmée par une dépêche de l’AFP où l’on peut lire plus franchement : « Au-delà du feuilleton, les autorités françaises reprochent aussi à Al-Manar de faire l’apologie du terrorisme sous couvert de militantisme politique contre l’État d’Israël. “Il y a une ligne éditoriale générale qui favorise énormément l’image du martyr qui se fait sauter pour tuer des Israéliens”, explique une source au CSA, avec notamment la diffusion complaisante de funérailles d’auteurs d’attentats, de chants et de clips guerriers » [17]. Le seul et véritable enjeu est de savoir si le public européen peut ou non avoir accès au point de vue libanais.Pour la défense des autorités françaises, on doit néanmoins observer que des images conçues pour un public proche-oriental et clairement lisibles par lui peuvent être mal interprétées par un public européen ; voire même qu’elles peuvent contribuer à exporter en Europe un conflit proche-oriental. Ce problème n’est pas propre à Al-Manar et se pose avec toutes les images produites dans les zones de conflit. Il ne peut être résolu que par une éducation des téléspectateurs adaptée à une période de mondialisation des chaînes satellitaires.Très rares sont les organisations qui se mobilisent pour la liberté d’expression lorsqu’elle s’applique aux Arabes. Le Réseau Voltaire envoie une délégation au Liban qui apporte son soutien à Al-Manar et rencontre le cheik Naïm Qassem, secrétaire général adjoint du Hezbollah [18].Contre toute attente, le Conseil d’État loin d’interdire Al-Manar se contente d’exiger que la chaîne se mette en conformité avec la nouvelle loi. Elle dépose alors un dossier de conventionnement auprès du CSA qui ne trouvant aucun motif de rejet est contraint de l’accepter [19], au grand dam du CRIF. L’association sioniste tempête en rappelant les « promesses du Premier ministre », montrant la considération qu’elle éprouve elle aussi pour « l’indépendance » du CSA et des juges administratifs. Avec un humour involontaire, le CRIF stigmatisait des « pressions étrangères » dans le dossier [20].Conformément aux accords internationaux, bien que délivrée par le CSA français, l’autorisation d’émettre s’applique à toute l’Union européenne.Deuxième acte : l’argument du trouble à l’ordre publicMontant au créneau, l’ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius est invité du Forum de Radio J, une radio créée par le Fonds social juif unifié et domiciliée dans les locaux du CRIF. Il s’y déclare « choqué » et s’indigne du « double langage » du gouvernement Raffarin, montrant à son tour sa haute conception de « l’indépendance » du CSA [21].Rageur le CRIF publie un nouveau communiqué : « La décision du CSA de conventionner la chaîne de télévision du Hezbollah, Al-Manar, équivaut à une autorisation officielle donnée par la France à la propagande antisémite. Si le Comité interministériel de lutte contre l’antisémitisme a encore un sens, jamais sa convocation n’a été aussi urgente. Nous aimerions connaître la position du Président de la République sur la situation ainsi créée par le CSA. » [22]. Le Parti socialiste n’est pas en reste. Il qualifie Al-Manar d’« outil de propagande au service du terrorisme et de l’antisémitisme » [23]. Son premier secrétaire, François Hollande, écrit au CSA : « Comment imaginer sérieusement que la chaîne du Hezbollah, qui diffuse en boucle durant des heures des clips incitant les enfants à la haine et au martyre, reconsidère de fond en comble des programmes conçus pour relayer une phraséologie incompatible avec les valeurs qui fondent l’Union européenne ? » [24] Tandis qu’avec son notoire sens de la mesure, le Centre Simon Wiesenthal affirme : « Le CSA et les autres officiels qui ont accordé au Hezbollah un nouveau permis de tuer (...) seront tenus pour co-responsables de toutes les conséquences violentes qui pourraient en résulter » [25].Le porte-parole du Parti socialiste, Julien Dray, insinue que la décision du CSA aurait pu être prise dans le cadre d’une négociation relative à la libération des otages français en Irak ; aimable amalgame bientôt repris dans toute la presse [26].Ce tohu-bohu n’est pas sans effet. Le 30 novembre, le CSA saisit le Conseil d’État au titre de la nouvelle loi pour avoir diffusé des propos troublant l’ordre public et avoir manqué d’honnêteté dans le traitement de l’information. La chaîne avait en effet, au cours d’une revue de presse, cité un article affirmant : « On a assisté, durant les dernières années, à des tentatives sionistes pour transmettre des maladies dangereuses, à travers les exportations aux pays arabes comme le sida. Cet ennemi n’aura aucun scrupule à commettre des actes qui pourraient porter atteinte à la santé des citoyens arabes et musulmans » [27].Interpellant le ministre de la Communication à l’Assemblée nationale, le député Rudy Salles, président du groupe d’amitié parlementaire France-Israël, reprend l’argument du trouble à l’ordre public : « Cette chaîne diffuserait en arabe mais aussi en français. Imaginez l’effet que pourrait produire dans nos villes et nos banlieues ses messages de haine et de violence contre les juifs ». Ce à quoi le ministre répond que l’Assemblée ayant adopté une nouvelle loi, elle sera appliquée avec sévérité [28].Mais craignant que le Conseil d’État peine à se laisser convaincre d’interdire une chaîne de télévision pour avoir réalisé une revue de presse, le groupe UMP à l’Assemblée nationale propose immédiatement de durcir la nouvelle loi [29]. Lors d’une autre séance de questions au gouvernement, le député UMP Pierre Lellouche, par ailleurs président de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, interpelle à son tour le ministre de la Communication en ces termes : « La chaîne Al-Manar appartient au groupe terroriste du Hezbollah, qui est à l’origine des attentats de la rue de Rennes et des Galeries Lafayette à Paris en 1985 et 1986, et a kidnappé plusieurs citoyens français, notamment Jean-Paul Kaufmann et Marcel Fontaine. Cette chaîne diffuse quotidiennement des appels au meurtre des juifs d’Israël et, accessoirement, des chrétiens. Il y a un an, elle avait diffusé en France un feuilleton intitulé Al-Shatat, Diaspora en français, qui, reprenant la propagande nazie du « Protocole des sages de Sion », montrait le complot juif mondial en l’illustrant notamment par l’égorgement d’un jeune enfant chrétien, dont le sang servait à fabriquer des galettes azymes pour la Pâque juive. Ce feuilleton avait conduit le président du CSA, M. Baudis, a saisir la justice et le procureur de la République au mois de janvier dernier. Depuis lors, aucune nouvelle de cette plainte (…). Pourquoi sommes-nous arrivés aujourd’hui à conventionner une chaîne terroriste ? » [30] Une intervention qui fit sensation à défaut de respecter l’honnêteté de l’information. En effet, aucune enquête judiciaire n’a jamais lié les attentats de 1985 et 1986 au Hezbollah ; Jean-Paul Kaufman et Marcel Fontaine étaient détenus par le Jihad islamique ; Al-Manar n’appelle pas au meurtre des juifs et des chrétiens, mais à la lutte contre l’occupation militaire et la Collaboration ; le feuilleton Diaspora ne s’inspire pas du Protocole des sages de Sion ; quant à la plainte du CSA, ce n’était qu’un signalement au procureur de la République lequel a ouvert une instruction confiée au juge Emmanuelle Ducos et n’ayant pas trouvé motif suffisant à poursuites. Peu importe, chahuté par les socialistes et l’UMP, le ministre Renaud Donnedieu de Vabres s’exclame : « S’il faut des moyens juridiques supplémentaires [pour interdire Al-Manar], le Premier ministre et le Gouvernement vous les proposeront » [31].Lors d’un débat télévisé, sur France 3, le vice-président du Réseau Voltaire Issa El-Ayoubi plaide face à Pierre Lellouche pour qu’une sanction pénale soit prononcée à propos du feuilleton, si matière il y a, mais qu’aucune sanction collective ne soit appliquée discrétionnairement à l’ensemble de la chaîne. Mais l’heure n’est plus au débat et l’animateur met un terme à la discussion [32].Plus personne ne cache que le but est d’interdire Al-Manar pour l’empêcher de diffuser ses bulletins d’information, que l’on votera n’importe quelle loi et trouvera n’importe quel prétexte pour cela. Le président du CSA, Dominique Baudis, ne cherchant plus à préserver la fiction de son indépendance, se rue chez le Premier ministre pour convenir avec lui d’une solution [33]. À l’issue de cette réunion, Jean-Pierre Raffarin annonce son intention de relancer le processus législatif en passant par l’Union européenne [34] et « conseille » au CSA de résilier sine die son conventionnement [35], suscitant en retour les félicitations du ministre israélien des Affaires étrangères [36].Sur ce, le Premier ministre reçoit une délégation de l’American Jewish Committee (AJC), une puissante organisation néo-conservatrice états-unienne dont fait partie M. Sharansky et qui travaille en étroite collaboration avec le CRIF. Ensemble, ils coordonnent une stratégie… européenne. Dans un communiqué, l’AJC félicite M. Raffarin et précise : « Al Manar et d’autres chaînes diffusant des messages pareillement antisémites, anti-américains et anti-occidentaux, ne sauraient avoir une place dans une Europe qui promeut la tolérance, le pluralisme et la paix » [37]. Pour donner le coup de grâce, une troisième saisine du Conseil d’État est enclenchée, cette fois par le CRIF au titre de la nouvelle loi [38].Une vive émotion secoua le monde arabe. Manifestations et colloques au Liban et en Égypte. Interventions politiques de tous bords, jusqu’au secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa [39]. Le Conseil national libanais de l’audiovisuel annonce des mesures de réciprocité, c’est-à-dire la suppression des privilèges accordés aux médias français au Liban si Al-Manar est interdit en France [40].En définitive, l’arrêt du Conseil d’État tombe le 13 décembre 2004. La chaîne est interdite, mais pas pour antisémitisme imaginaire. « Il ne saurait être exclu que la réitération d’émissions ouvertement contraires aux dispositions de l’article 15 de la loi du 30 septembre 1986 [protection de l’enfance et de l’adolescence] ait des incidences néfastes sur la sauvegarde de l’ordre public ». En d’autres termes, la chaîne est censurée par ce que les informations qu’elle diffuse sont susceptibles de révolter des jeunes gens qui troubleraient alors l’ordre public [41]. Le ministre israélien des Affaires étrangères exulte : « Nous ne pouvons que nous féliciter de cette mesure prise contre cette chaîne qui diffuse des discours de haine féroce contre les juifs, les chrétiens et les pays occidentaux » [42].Avec les ambiguïtés dont elle est coutumière, l’association Reporters sans frontières (RSF) déplore la méthode employée contre Al-Manar pour mieux accuser la chaîne de diffuser « des propos antisémites inacceptables » [43]. On a appris depuis comment la NED/CIA finance cette association sensée défendre la liberté de la presse [44].Techniquement pour qu’Eutelsat cesse de diffuser Al-Manar en Europe, il aurait fallu couper en même temps Sharjah TV, Quatar TV, Saudi Arabian TV, Kuwait Space Channel, Jamahirya Satellite Channel, Sudan TV, Oman TV, Egyptian Satellite Channel. Soucieuse de ne pas faire porter aux autres le poids la censure dont elle est victime, Al-Manar jette l’éponge et résilie ses contrats [45]. La chaîne reste néanmoins accessible sur Internet et via ArabSat 2B à 30.5 degrés est, Badr 3 à 26 degrés est et NileSat 102 à 7 degrés ouest.Pour faire passer cette décision dans le public, le ministère de la Communication organise une campagne dénommée « Vivre ensemble ». Les établissements culturels et l’audiovisuel public délivrent des messages expliquant que « La haine et l’intolérance n’ont pas droit de cité », ce qui a conduit à interdire Al-Manar. Pour l’édification des jeunes révoltés, Arte rediffuse la série Holocauste [46].Pendant ce temps, le président de l’UMP, Nicolas Sarkozy, entreprend une tournée triomphale en Israël où il se vante d’avoir, avec son parti, joué un rôle central dans la censure de la voix du Hezbollah [47].Troisième acte : la généralisation de la censurePendant que la classe dirigeante française bataillait pour fabriquer un cadre juridique permettant de censurer Al-Manar, un processus identique se déroulait en Australie à l’initiative du député travailliste Robert Ray. Il avait abouti à l’interdiction sur le satellite TARBS.À la requête du Premier ministre israélien Ariel Sharon, une cellule de coordination est créée à Washington pour étendre la censure au monde entier : la Coalition against terrorist media (CATM). Elle est installée dans les locaux de la Foundation for the Defense of Democracies, une puissante organisation sioniste [48]. La documentation de cette fondation ne laisse aucun doute sur la finalité de cette campagne : il s’agit de couper la voix du Hezbollah dans la perspective d’une intervention militaire au Liban. Et parmi les responsables de la fondation, on retrouve des auteurs du plan d’attaque du Liban comme Richard Perle [49]. Jusque-là, les Français et les Australiens ne savaient peut-être pas tous quels crimes ils préparaient, désormais nul ne l’ignore.Transformé en estafette de l’état-major des Forces armées israélienne, le gouvernement français met en œuvre la stratégie convenue avec l’American Jewish Committee : il fait inscrire la question de la censure de ce type de chaîne à l’ordre du jour du Conseil des ministres européens [50]. Le dossier est pris en main par la commissaire européenne chargée de la Société de l’information et des Médias, Viviane Reding. Elle travaille en collaboration avec le bureau bruxellois que l’ancien président tchèque Vaclav Havel a ouvert pour la Foundation for the Defense of Democracies.Aux États-Unis, le département d’État inscrit la chaîne de télévision sur sa liste des « organisations terroristes » [51]. C’est le premier média a être ainsi qualifié et, à moins de considérer que les scoops d’Al-Manar sont « de vrais bombes », on ne comprend pas ce que cela peut vouloir dire. Quoi qu’il en soit, Intelsat et Globecast (une filiale de France-Télécom) cessent de diffuser Al-Manar en Amérique du Nord [52].Pour l’ancien Premier ministre libanais Salim El-Hoss, les États-Unis ont manipulé toute cette affaire pour interdire l’expression d’un point de vue en Europe et en Amérique. « Washington qualifie de “terrorisme” le droit à la résistance contre l’occupation israélienne et de “légitime défense” le terrorisme israélien et l’usurpation par Israël d’une terre qui appartient à un autre peuple », poursuit-il [53]. En rétorsion, la plupart des opérateurs libanais du câble cessent de transmettre la chaîne francophone TV5.En juillet 2005, c’est au tour du ministre de l’Industrie et du Commerce espagnol de retirer le signal d’Al-Manar du satellite public Hispasat dirigé vers l’Amérique latine. Puis, le Centre Simon Wiesenthal intervient auprès du gouvernement français pour que Globast (autre filiale de France-Télécom) coupe son signal vers l’Asie. En janvier 2006, le ministre de la Justice des Pays-Bas ordonne de couper le signal d’Al-Manar sur New Skies Stallite, qui émettait encore vers les États-Unis. En mars 2006, le département du Trésor des États-Unis géle les avoirs des sociétés liées à Al-Manar dans les banques états-uniennes.Quatrième acte : l’élimination physiqueLe 12 juillet 2006, le Hezbollah capture deux soldats israéliens lors d’une escarmouche dans la zone des fermes de Chaaba. Ce territoire est reconnu comme libanais par la communauté internationale, mais occupé par Israël qui, lui, le considère comme syrien. Cet incident sert de prétexte à une vaste offensive militaire contre le Liban. Dès le début des opérations, le 13 juillet, l’aviation israélienne bombarde les studios d’Al-Manar à Beyrouth pour éteindre à jamais la voix du Hezbollah [54]. Le raid fait trois blessés graves.Cependant, la Résistance libanaise continue à émettre en différé et par intermittence depuis des lieux tenus secrets [55]. Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah parvient ainsi à s’adresser à ses concitoyens et à donner des nouvelles du front. Pour en finir, les Forces israéliennes bombardent le 22 juillet toutes les stations de diffusion de toutes les chaînes du pays pour être sûrs qu’aucune ne relaye le signal d’Al-Manar [56], mais Arabsat continue à émettre.En outre, Al-Manar continue à être visble sur son site internet. Par mesure de précaution, le Hezbollah utilise un centre serveur en Inde. Mais, utilisant une prérogative gouvernementale, le gouvernement indien soucieux de ne pas compromettre son récent contrat nucléaire avec les États-Unis, a déconnecté le site afin de « préserver de bonnes relations avec un État ami ».Pour comprendre ce qui se passe au Liban et en Palestine occupée, le monde doit se contenter des informations des grandes agences de presse soumises à la censure militaire israélienne [57]. Les efforts déployés depuis trois ans par Israël pour tuer Al-Manar sont proportionnés aux crimes qu’il veut cacher.

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On the road in Lebanon, and needing luck

Aug 10, 2006


CHRISTOPHER TORCHIA

On the roads of Lebanon, it's hard to know when to be afraid. Is it wise to drive through a long tunnel, a potential target for an Israeli airstrike? Or head down a deserted highway where the overpasses have been demolished by bombs?
Is it dangerous to tail a truck that might be suspected of carrying Hezbollah weapons and attacked from the skies?In the end, staying safe while on the move in Lebanon is a matter of luck as much as logic.Fate dealt some people a bad hand in this war, and reminders of their misfortune litter Lebanon. One such symbol lies on the way to the seaside city of Sidon, a charred car that was showered with rubble when a bomb punched a hole in an overpass.If that bomb had landed a few seconds sooner, or a few seconds later, the people in the car might have survived. The same goes for the vehicle that slid to the bottom of a huge slab of highway bridge after it was blasted off its foundations farther north, toward Beirut.Beyond the no-go area of fighting near the border with Israel, the Israeli bombing campaign is deadly but limited.Warplanes have struck key bridges and highways, and strongholds of Hezbollah, the militant group battling Israel.
Areas once thought safe, including roads in Christian regions and some Shiite Muslim neighborhoods, also have been hit.Beirut is far from the battlefield, but explosions are heard in the capital daily, usually from the southern suburbs. Downtown, people in homes and offices jerk in reaction to the bigger booms, and sometimes feel reverberations. They look skyward for plumes of smoke.The Israeli military has declared a no-drive zone south of the Litani River and threatened to attack moving vehicles. Only pedestrians went into the streets in the coastal city of Tyre on Wednesday.Interactives Mideast Conflict Latest News Israel puts ground offensive on holdU.S., France split over Mideast resolutionGaza-Egypt border reopens in one directionPat Robertson prays for Israeli victoryMilitary says 15 Israeli soldiers killedOn the road in Lebanon, and needing luckNasrallah urges Arabs to leave HaifaIsraeli shakes up war's chain of command.It's easier these days to get around Beirut because so many people have fled the city, and there is less traffic, except for bumper-to-bumper lines at gasoline stations. The depopulation is more extensive farther south, toward Israel.There are few places in the world where cars can travel 95 mph on the wrong side of the road. But it can be done on the coastal highway between Beirut and Sidon even though some lanes are impassable, because the open sections are almost empty.Driving inland through the Bekaa Valley toward the southeast border this week offered a chance to enjoy the villages and vineyards of what has been called Lebanon's breadbasket, a fertile region that once fed ancient Roman armies.But the silence of the deserted towns was ominous.Airstrikes have severed the main roads, and the only way to progress is on winding byways. Cars are seldom seen, creating a feeling of exposure, a sense that being on the roads is a high-risk venture. A mountain road leading into the valley is splattered with shrapnel in a couple of places.Lebanese soldiers manned checkpoints, but parked their military vehicles in empty buildings, out of sight of Israeli planes. One tank on a hilltop was camouflaged with leafy branches. The soldiers appeared relaxed, smoking and chatting.Just over a grassy ridge, artillery rounds crashed. It can be a gut-tightening sound.Tension eased on the drive back to Beirut, and there was time for cappuccino and ice cream at a stall in the mountains above the city.Going for a drive in southern Lebanon also invites the study of travel companions. Will they panic in a dangerous situation? Or will they want to push ahead, perhaps from inexperience or out of bravado? If they're familiar with combat, will the decisions make any difference?The driver to Sidon and the Bekaa Valley was Omar, a burly man with a shaved head and a military background. He never said no to a destination. He either enjoyed a challenge, or didn't understand his passenger, who spoke in English."Isn't the road cut?" the passenger asked of a route. "Ah, good," Omar replied.

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C'est Bush le patron
par Marjorie Cohn


L'Ennemi du Jour de Bush

AfterDowning Street

Lundi 31 juillet 2006

États-Unis – Les journaux télévisées ne cessent de diffuser des images de civils libanais morts ou blessés, et de maisons détruites par les bombardements. Le tout est accompagné de commentaires soutenant le droit d'Israël à l'autodéfense. Le mot "Hezbollah" n'est jamais prononcé dans une phrase sans être accompagné du mot "terroriste." Les reporters s'interrogent pour savoir lequel d'Al Qaïda ou le Hezbollah représente la pire menace terroriste contre les États-Unis. Selon les dires de Richard L. Armitage, ancien secrétaire d'État adjoint américain du premier mandat du président George W. Bush, le Hezbollah constituerait "l'équipe A du terrorisme, alors qu'Al Qaïda n'est actuellement que l'équipe B." D'après Robert Baer, ancien officier de la CIA, il n'existe aucune preuve que le Hezbollah opère aux États-Unis. Cependant, en réponse à la question posée par l'impartial et équitable présentateur-réalisateur de Fox News, Baer spécule que le Hezbollah "pourrait" lancer une attaque sur le territoire américain. Le Hezbollah est l'ennemi du jour de George W. Bush. Bien que soupçonné d'avoir pris part au détournement en 1985 du vol 847 de la TWA, le Hezbollah nie avoir attaqué qui que ce soit en dehors du Liban et d'Israël. Le Hezbollah, qui comprend le parti chiite, n'attaque même pas d'autres sectaires au sein du Liban. Le chef du Hezbollah, cheikh Hassan Nasrallah, déclare que le Hezbollah est "comme Jésus", citant ainsi en exemple l'action du mouvement en 2000 au Liban, durant laquelle le Hezbollah ne prit pas part à la vengeance à l'intérieur du Liban. Le soutien au Hezbollah est extrêmement écrasant au Liban. En effet, un sondage effectué par "le Centre de Beyrouth pour les Recherches et les Informations" révèle que 87% des Libanais appuie la résistence du Hezbollah contre les attaques israéliennes qui visent le Liban. Le pourcentage est élevé dans les communautés non-chiites. Ainsi, parmi les personnes interrogées, 80% de Chrétiens, 80% de Druzes et 89% de Sunnites déclarent soutenir le Hezbollah. Il est probable que ces chiffres augmentent à la suite des raids israéliens sur Cana hier. Bilan du bombardement: 60 morts civils, des enfants pour la plupart. Suite à ces frappes, des milliers de manifestants dans le Moyen-Orient sont descendus dans les rues pour protester contre ce massacre. Contrairement à Ousama Ben Laden qui prend pour cible les pays arabes pro-Occident, Nasrallah ordonne à l'Arabie saoudite, l'Égypte et la Jordanie de rester neutres dans ce conflit. Dans le discours télévisé retransmis le samedi, Nasrallah a déclaré: "Israël est prêt à arrêter l'agression, car il a peur de l'inconnu et d'un enlisement. Celle qui veut poursuivre l'agression c'est l'administration américaine. Aujourd'hui plus que jamais, Israël apparaît comme un instrument docile du projet américain." Selon Noam Chomsky nous devrions toujours l’appeler « la destruction américano-israélienne du Liban. » Il ajoute également que bien qu’Israël a commencé avec une force proportionnelle par le passé, les États-Unis se sont mis à donner leur point de vue partial du conflit lors du sommet du G8. Bush aurait déclaré à Israël : « Vous ne pouvez pas vous arrêter maintenant ; vous agissez au nom de nous tous. » Par cette déclaration, George W. Bush a donné le feu vert au gouvernement israélien, prouvant ainsi que celui-ci agit sous les ordres du gouvernement américain. Si ce n’était pas le cas, alors pourquoi toute l’attention est-elle focalisée sur chaque geste que fait Condoleezza Rice ? Tout simplement parce que c’est son patron qui dirige les opérations. Alors que le reste du monde fait appel à un cessez-le-feu immédiat, les excuses fournies par le duo Bush-Rice ne prennent plus. Ils rejettent la responsabilité sur l’Iran et la Syrie, et prétendent vouloir un cessez-le-feu « durable » afin de construire un « Nouveau Moyen-Orient. » George W. Bush s’est lancé dans une nouvelle folie, avec comme victime un autre pays du Moyen-Orient, autrefois considéré comme l’ennemi principal lors de « la guerre contre le terrorisme » : L’Irak. Le Président américain a provoqué un tel désastre dans ce pays que la plupart des Irakiens, qui détestaient Saddam Hussein, auraient préféré qu’il soit resté au pouvoir. D’après un rapport réalisé par les Nations Unies, 14.338 civils ont été tués en Irak durant les six premiers mois de cette année. Ce compte repose sur les chiffres donnés par le ministère de la Santé et de la principale morgue de Bagdad. Selon les Nations Unies, plus d’une centaine de civils irakiens ont été tués par jour le mois dernier. Une grande partie de ces affligeants incidents ont eu lieu ces derniers mois à Bagdad. Le rapport ajoute aussi : « Les civils ont été sévèrement touchés par les bombardements de la Force multinationale. » Le secrétaire américain à l’Énergie, Samuel W. Bodman, devait porter des lunettes avec des verres roses lorsqu’il a récemment rencontré les ministres irakiens du pétrole et de l’électricité à Bagdad. « La situation semble plus stable que lors de ma dernière visite, il y a deux ou trois ans. La sécurité semble s’être améliorée, et les gens sont plus détendus. Les gens sont optimistes, du moins ceux à qui j’ai parlé », a-t-il dit avec enthousiame. Bien évidemment, Samuel Bodman a donné son interview au sein de la « zone verte » ultra-fortifiée de Bagdad. Il s’agit du seul endroit en Irak disposant d’une sécurité, à l’instar de la région kurde dans le Nord. Toujours selon le rapport des Nations Unies, « les meurtres, les enlèvements et la torture sévissent toujours sur une grande échelle » en Irak. "Aujourd'hui, dans certains quartiers de Bagdad, il est interdit aux femmes de se rendre seules aux marchés," indique le même rapport. Lors d'un récent séminaire à San Diego, la représentante Nadia Keilani a déclaré devant les membres de l'assistance que si une femme avait le malheur de quitter son domicile sans être voilée, celle-ci se faisait arrêter et raser la tête en guise d'avertissement. Et en cas de récidive, c'était la décapitation. Nadia Keilani ajoute également que sa cousine de 26 ans ne sort de chez elle en Irak que trois fois par mois. Elle passe sa journée à regarder à travers un judas. "Elle est prisonnière dans sa propre maison", a-t-elle déclaré. D'après le rapport des Nations Unies les homosexuels sont "de plus en plus soumis à des menaces, et sont illégalement exécutés par les milices et les "escadrons de la mort" à cause de leur orientation sexuelle. Les Nations Unies ont également découvert que "les agressions envers les maîtres d'école, les professeurs d'université, les étudiants ainsi que les extrémistes au sein des universités se soldent par de nombreux morts et l'exil d'un nombre croissant d'universitaires et intellectuels. Keila a également indiqué que 84% des universités ont été détruites. Toujours selon les Nations Unies les enlèvements prolifèrent. La plupart des otages sont tués après que leur rançon a été payée. "La poussée des violences dans certaines zones ", autres que la région kurde, "est telle qu'il est fort probable que chaque enfant y a été exposé dans une certaine mesure, ont ajouté les Nations Unies. Le quotidien New York Times a publié hier: "Les agences d'enquête sont sans ressorts et mal équipés pour pouvoir faire face au crime qui ne cesse de monter en flèche. Dès lors, les familles qui ont besoin d'informations doivent se résoudre à se renseigner auprès des morgues pour obtenir une certitude." Quant aux personnes qui se rendent à la morgue afin de récupérer leurs bien-aimés sont souvent enlevées et tuées si leur carte d'identité indique qu'ils sont sunnites au lieu de chiites. La situation est tellement grave en Irak que les 4.000 soldats américains sensés quitter le territoire irakiens devront encore rester pour une durée de quatre mois. Les dirigeants irakiens élus sous l'occupation avec la bénédiction du président Bush refusent de se plier. Mahmoud al-Mashhadani, président du Parlement irakien, a assimilé l'invasion américaine de l'Irak à un "travail de boucher." Il a déclaré que le gouvernement américain voulait que l'irak "reste sous le contrôle des autorités américaines." "Laissez l'Irak en paix", a déclaré al-Mashhadani. "Nous n'avons pas besoin d'un agenda venu de l'extérieur." Lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche la semaine dernière, Nouri al-Maliki a critiqué les raids aériens israéliens au Liban. Il a également réclamé un cessez-le-feu immédiat afin de "mettre fin au massacre des civils et à la destruction du pays." Une résolution adoptée par le Parlement irakien avait qualifié les attaques d'Israël "d'agression criminelle." En voulant paraître plus pro-Israël que les Républicains, vingt Démocrates du Congrès ont demandé que al-Malik ne prononce pas son discours lors d'une session de Congrès car il refusait de condamner le Hezbollah. Le Premier ministre irakien a, malgré tout, pu s'addresser aux membres du Congrès, mais pour une quelconque raison a oublié de mentionner la guerre au Liban. Un ecclésiastique chiite influent, cheikh Aws Khafaji, a qualifié la visite d'al-Maliki de traîtrise envers l'Islam et d'humiliation envers le peuple irakien. " Le Premier ministre Nouri al-Maliki se retrouve ainsi pris entre l'Irak et la Maison Blanche. "Qui vous force à partager le repas des occupants?", a-t-il demandé. "Est-ce cela votre récompense? Vous savez mieux que quiconque que les voitures piégées, le terrorisme, les explosions et les massacres perpétrés en Irak ont été réalisés à cause de la politique américano-sioniste." George W. Bush a déclaré ce matin que c’est "le statu quo au Moyen-Orient" qui a donné lieu aux attentats du 11 septembre. Il n'a pas tort, mais les raisons ne sont pas du tout exactes. En effet, ce ne sont pas l'Irak, le Hezbollah, l'Iran ou la Syrie qui ont perpétré les attaques du 11 septembre. Le responsable est l'Al-Qaïda. Pour quelles raisons Ousama Ben Laden était-il si en colère? La réponse: L'imposition de nombreuses sanctions par les Nations Unis et les États-Unis contre le peuple irakien; la présence des bases américaines en Arabie saoudite; et le traitement des Palestiniens par les Américains et Israéliens.

Marjorie Cohn est professeur à l'école de jurisprudence Thomas Jefferson, vice-présidente de la guilde nationale des juristes, et représentante américaine au comité exécutif de l'association américaine des juristes.

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Temps obscurs
Gideon Levy

A la guerre comme à la guerre : Israël va s’enfonçant dans une atmosphère nationaliste véhémente et l’obscurité commence à tout recouvrir. Les freins qui nous restaient sont usés, l’émoussement des sens et la cécité caractéristiques de la société israélienne ces dernières années, ne cessent de s’intensifier. L’arrière, dont on fait l’éloge à tour de bras, est scindé en deux : le nord qui endure et le centre qui, lui, est serein.

Mais des deux côtés, la fibre belliqueuse a pris le dessus, avec sa cruauté et sa soif de vengeance, et les voix extrêmes qui jusqu’ici caractérisaient les marges du camp, sont maintenant l’expression de son cœur. La gauche s’est une nouvelle fois égarée, drapée dans son silence ou « avouant ses erreurs ». Israël montre un visage uniforme, nationaliste. La destruction que nous semons au Liban ne touche quasi personne et elle n’est, pour l’essentiel, même pas montrée aux yeux des Israéliens. Celui qui veut savoir à quoi ressemble Tyr maintenant, doit circuler parmi les chaînes étrangères. Un reporter de la BBC en a rapporté des images effrayantes, comme vous n‘en verrez pas chez nous. Comment peut-on ne pas être choqué, scandalisé devant la souffrance terrible de l’autre, due à notre propre action, même si le nord de notre pays souffre ? La destruction que nous semons en ce moment également à Gaza – près de 120 tués depuis l’enlèvement de Gilad Shalit, dont 27 pour la seule journée de ce mercredi – touche moins encore. Les hôpitaux de Gaza sont remplis d’enfants brûlés, mais qui s’en soucie ? L’obscurité de la guerre dans le nord les couvre, eux aussi. Depuis que nous avons été habitués à considérer qu’une punition collective est, entre nos mains, une arme légitime, il n’y a pas lieu de s’étonner que la cruelle punition infligée au Liban tout entier pour les actes du Hezbollah ne suscite ici aucune discussion. Si à Naplouse c’était permis, pourquoi pas à Beyrouth ? La seule critique à se faire entendre à propos de la guerre porte sur des considérations tactiques – chacun est maintenant général – et pousse essentiellement l’armée israélienne à porter encore plus avant, plus profondément son action. Commentateurs, généraux à la retraite et politiciens rivalisent de suggestions extrêmes. Haïm Ramon [Ministre de la Justice - NdT] « ne comprend pas » comment il y a encore de l’électricité à Baalbek. Eli Yishai [député Shas - NdT] propose de transformer le sud du Liban en « bac à sable ». Un reporter militaire de la première chaîne, Yoav Limor, propose d’exposer les corps des combattants du Hezbollah tués et, le lendemain, de faire défiler les prisonniers en sous-vêtements afin de « renforcer le moral de l’arrière ». On devine aisément ce que nous penserions d’une chaîne de télévision arabe dont le commentateur s’exprimerait ainsi, mais encore quelques pertes ou quelques erreurs de l’armée israélienne et la proposition de Yoav Limor sera mise en application. Y a-t-il signe plus éclatant qu’on a perdu la raison et toute humanité ? Le chauvinisme et le désir de vengeance relèvent la tête. Si, il y a quinze jours, seuls des personnages délirants comme le grand rabbin de Tsefat, Shmouel Eliyahou, disaient qu’il fallait « raser toute localité à partir de laquelle on tire sur Israël », c’est maintenant au tour d’un officier supérieur de l’armée israélienne de s’exprimer ainsi à la une de « Yediot Aharonot ». Nous n’avons peut-être pas encore complètement rasé de villages libanais, mais nos lignes rouges, nous sommes déjà bel et bien occupés à les effacer. Haïm Avraham, dont le fils avait été enlevé et tué par le Hezbollah en octobre 2000, tire pour les journalistes un obus de l’armée israélienne en direction du sud du Liban : vengeance pour l’assassinat de son fils. Son image, au moment où il saisit l’obus tout décoré, était une des plus humiliantes de cette guerre, à son commencement. Un groupe de jeunes filles a lui aussi été photographié alors qu’elles ornaient des obus de l’armée israélienne d’inscriptions arrogantes. Les pages de « Maariv » – le « Fox » israélien – s’ornent d’un slogan chauviniste évoquant une machine de propagande particulièrement basse, « Israël est fort », ce qui témoigne justement de faiblesse. Et un commentateur de télévision appelle à bombarder une station de télévision. Le Liban qui n’a jamais fait la guerre à Israël, un pays avec 40 quotidiens, 42 universités et une centaine de banques différentes, est en train d’être détruit par nos avions et nos canons, et presque personne ne prend en compte le prix de la haine que nous semons. L’image d’Israël dans l’opinion internationale est devenue monstrueuse et cela non plus, en attendant, n’est pas enregistré à la rubrique ‘dette’ de cette guerre. Israël est marqué de lourdes taches morales qu’on n’enlèvera pas rapidement. Il n’y a que chez nous qu’on ne veut pas les voir. Le peuple veut une victoire mais nul ne sait au juste ce que ce serait, ni quel en sera le prix. Une guerre qui n’amènera jamais rien de décisif s’enlise sans que personne puisse en fixer le terme. Face à tout cela, la gauche sioniste a perdu elle aussi toute pertinence. Comme lors de toute rude épreuve dans le passé – au moment, par exemple, où les deux Intifadas ont éclaté – la gauche a, cette fois encore, échoué au moment précis où sa voix aurait été si vitale pour faire contrepoids aux roulements de tambours de la guerre. A quoi bon une gauche, si à chaque véritable épreuve, elle se joint au chœur national ? Le Parti Travailliste s’est à nouveau révélé être un partenaire dévoué à tout gouvernement : même Yuli Tamir et Shelly Yacimovich, on ne les entend plus du tout ; le mouvement « La Paix Maintenant » est frappé de mutisme ; même le Meretz se tait, sauf la courageuse députée Zehava Gal-On. Quelques jours d’une guerre voulue et déjà Yehoshua Sobol avoue s’être trompé sur toute la ligne : « La Paix Maintenant » est tout à coup, selon lui, un « slogan infantile ». Ses amis se taisent et leur silence ne résonne pas moins. Seule l’extrême gauche donne de la voix, mais c’est une voix que personne n’écoute. Les ténèbres à la face de l’abîme : bien avant que la guerre ne soit conclue, on peut déjà établir qu’à son coût croissant s’ajoute aussi l’obscurité morale qui nous enveloppe et qui ne menace pas moins notre existence et notre image que les Katiouchas du Hezbollah.

Haaretz, 30 juillet 2006

www.haaretz.co.il/hasite/spages/744202.html

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

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Khal Torabully


Préambule, courriel envoyé à Evelyne Accad et Amira Issa : Ma soeur, Aujourd'hui, une étudiante rencontrée à Tripoli m'a écrit pour me donner les résultats de ses examens, Elle s'appelle Marwa, et elle s'inquiétait de ses notes, et me demandais de prier pour elle pour la deuxième session. Miracle de la vie, non, miracle de courage, non ? Persister à oeuvrer pour la connaissance quand tout est à feu et à sang. Inutile de te dire combien ce courage féminin m'a bouleversé. Elle est tout le symbole du Liban auquel nous devons nous raccrocher, désormais. Son acte puissant, admirable entre tous, m'a inspiré ces propos :

Ma soeur... Nos coeurs saignent devant ce carnage. Mais nous resterons debout, car la barbarie qui triomphe se retournera contre elle-même. Je suis amoureux de la création, et je sais que la patience viendra à bout de l'ogre et de ses alliés. Ma soeur libanaise... Vous, femmes du Liban êtes d'une espèce précieuse, rare, admirable. C'est vous qui gardez l'humanité en éveil en moi, alors que j'avais cru la perdre au seuil de la bibliothèque de Bagdad, incendiée par les barbares. Vous avez la force exemplaire de la vie, et le désir inextinguible de pousser les ruines pour la récupératon du passé dans l'élan de l'avenir. Vous releverez le Liban pour nous, car en vous se concentre le peu d'humanité qui reste en ce monde des marchands et des fous sanguinaires. Je ne doute pas un seul instant de votre génie. Restez pour nous ces exemples frissonnants de l'abnégation, du courage, de la lutte, du temps à traverser, afin que l'espoir soit encore présent en ce monde régressif. Vous avez cette lourde responsabilité, et nulle au monde ne peut mieux la porter que vous. Je vous quémande cette oeuvre vitale, car dans ma souffrance, vous êtes ma consolation. Je sais, pour vous avoir connues, que vous aimez le savoir. Mieux, la connaissance, sans cloison de quelque sorte. Vous êtes amoureuses du livre. Vous respirez la poésie essentielle. Vous écrivez, vous lisez, vous analysez. Et vous transmettez la beauté au coeur même des souffrances de la géopolitique froide, inexpugnable. Vous savez garder la grâce dans l'anéantissement passager. Vous êtes pilier de Baalbeck, dôme de Tripoli, sang de Cana. Vous êtes le Liban. L'élan fort de la tendresse humaine. Vous êtes nos mères, nos soeurs, nos compagnes quand le pays est dévasté par les lâchetés assassines. Vous êtes notre dignité. Je ne dirai pas, par respect pour vos mères et vos ancêtres, que la lutte vient de commencer. Non, elle se poursuit, car vous avez traversé des siècles entre boucliers et agressions, entre meurtres et passions. C'est à vous de garder l'unité de ce pays, ne vous laissez pas diviser. Vous êtes notre conscience fine, et vous empêcherez que l'assassin profite de vos faiblesses politiques. Vous êtes debout, et le monde authentique, ou ce qu'il en reste, vous admire. Nous sommes avec vous, et c'est cela notre pâle participation à cette tâche à accomplir. Je te sais proche de tes soeurs, Marwa. Tu es Evelyne, Amira, Ezza. Tu es une profonde lueur d'espoir dans cette nuit atroce. Berce le Liban, il a besoin de tes bras. Pensée encore debout devant l'indicible. Pour le Liban, Pour toi.

Khal Torabully

P/S : Lis ce texte, diffuse le auprès de tous les Libanais, afin qu'ils sachent qu'ils sont aimés des poètes.

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Dear Friends,
What is going on in the Middle East is terrible for everyone, Israel and Lebanon, as well as for the relations between the Arab World and the West.
Here are two short articles I published this week on "Asia News". They may interest you.
Yours,
Fr. Samir Khalil Samir, sj

http://www.asianews.it/view.php?l=en&art=6926#

10 August, 2006

LEBANON – MIDDLE EAST
Can a pointless war lead to a final peace settlement in the Middle East?
by Samir Khalil Samir, sj

No one is benefiting from Israel’s war in Lebanon and Hezbollah’s and Hamas’s violence against Israel. Jesuit Fr Samir Khalil Samir, an Islam expert and professor in Beirut, offers a few suggestions to the United Nations.

Beirut (AsiaNews) – Israel’s expanded offensive in Lebanon which began yesterday has already raised the death toll by 15 more Israeli soldiers and 40 Hezbollah guerrillas. But the most blood is being shed by the Lebanese people, who are losing hope a lit bit more every day.
Caught between the blind violence of the Israeli army and the hesitations of international diplomacy, the more peaceful Lebanese opt for emigration; those who are less peaceful become Hezbollah supporters. The hatred for Israel grows in all.
For many analysts and political leaders, Israeli included, the situation is clear. A military victory won’t give Israel security, nor will it bring peace to the region. All it will do is boost hatred against Israel and therefore create greater insecurity.
Similarly, Hezbollah’s and Hamas’s attacks won’t free Lebanese and Palestinian land nor will they lead to peace. All they will do is increase hatred against them and convince Israel (as if that was necessary) that “Arabs know only the language of force”.
There will just be more destruction, more losses, more hatred . . . until the next war.
No one gains from war. No One! As an ideological movement “Islamic terrorism” cannot be defeated by force alone. This was demonstrated by the Red Brigades and ETA, shown in Algeria and Afghanistan, or is seen day after day in Iraq where hundreds of people still die after the US “liberation”. So what can be done?
“Get to the bottom of the problem”
Politicians say: “A ceasefire does not solve the problem.” That is true, but at least it will stop the violence in Israel and Lebanon.
Everyone says: “We must get to the bottom of the problem.” That is equally true.
Hezbollah, which usurped the Lebanese army’s role as defender of the country, is not the root of the problem. It did not exist when Israel invaded Lebanon in 1982. Hamas also is not the root of the problem, nor is Fatah. The attack against Israel at the 1972 Munich Olympic Games, which began the wave of terrorism in the region, is not the root of the problem.
The problem goes back to the creation of the State of Israel and the partition of Palestine in 1948. The Big Powers chose to partition the country in the wake of the organised and systematic persecution of the Jews but failed to take into account the populations already present in the (Holy) land. This is the real cause of all the wars that followed.
The partition is none the less a fact of history that was sanctioned by the international community. The existence of two states, Israel and Palestine, is a reality that finds its legitimacy in the United Nations and cannot be challenged.
Every wound inflicted on international legality carries an even greater evil. Hence any solution to the conflict that does not respect international legality, i.e. UN resolutions, will not bring peace.
Proposals for a final peace plan
As things stand right now, diplomacy is the only path to peace as long as it follows two rules: first, justice and respect for international legality; two, the need to make concessions which implies flexibility, thoughtfulness and willingness to surrender some of our rights for the sake of those of others.
We need a lasting solution, or better still, we need a final solution to the Mideast crisis so that together, slowly, we can build the peace and—if we are allowed to dream for a moment—a “Middle East Union”.
To reach that goal, I’ll layout the essential points of what I consider a just and realistic course of action:
1. A Palestinian state based on pre-1967 War boundaries with small changes, if necessary, as long as they are agreed upon by both Israel and Palestine.
2. Palestinians must give up the “right to return” and Israelis must give up their settlements in Palestinian territories. Small territorial adjustments might have to be made but only with the agreement of Israel and Palestine. The international community should compensate the parties for what they relinquish.
3. All the countries of the Middle East (including Turkey, Iran, Iraq, etc.) must officially recognise the borders of the region’s states as final and exchange ambassadors with them.
4. An international force “with teeth” should be deployed where peace is not fully implemented to prevent arms smuggling, especially between Israel and Palestine, Israel and Lebanon, Lebanon and Syria, Syria and Iraq, Iran and Iraq, and Turkey and Iraq.
5. Each state should receive assistance in setting up its own national army to disarm all groups, parties, settlers, etc.
6. Prisoners held by other countries should be freed. Exchange agreements should be reached, in particular between Israel, Palestine, Lebanon and Syria.
7. An international commission should be set up for Jerusalem to guarantee security within the city, freedom of movement and respect for the borders between the two states, both of which legitimately wish to have the city as their capital.
8. An international commission should be created to equitably solve water use in the region, which is an essential condition for development and often cause of friction and source of conflict.
The war currently underway, with its after-effects in terms of brutality and suffering, is letting millions of people, whatever their side, to come to the realisation that violence is pointless, that wars will not change the Middle East.
Realising this might be the only good thing coming out of this tragedy, which is being fought on the backs of the Lebanese people.
If from this tragedy a final peace plan can emerge, then this martyrdom may not have been in vain! Talks now taking place at the United Nations Security Council in New York might be the first steps in just such a direction.

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http://www.asianews.it/view.php?l=en&art=6893

5 August, 2006
LEBANON – ISRAEL – MIDDLE EAST

Lebanon’s nightmare of war: hostage to Israel and Hezbollah

by Samir Khalil SAMIR, sj


Israel’s military reaction cannot beat terrorism; all it can do is increased hatred. Hezbollah’s claims are unforgivable and are causing Lebanon’s destruction. Christians are paying the highest price for the violence, as not even the international community seems ready to deal with the core issues of the Middle East crisis: a homeland for the Palestinians, security for Israel, a return to the borders set by the United Nations. Here is the analysis by Fr Samir Khalil, an Egyptian-born Jesuit; now a professor in Beirut.

Beirut (AsiaNews) – A year and half ago Lebanon was reborn in a peaceful and joyful Intifada as people took to the streets and forced Syrian troops to pull out after 30 years of occupation. Today, the people of Lebanon is reliving once more the nightmare of war. The disenchantment is tremendous, rage and even hatred much greater.
A very good Christian woman who is far from being politicised wrote to me expressing great anger at Israel. Even though she is rock-solidly against Hezbollah, but with a million Lebanese on the run and means of communications in tatters, her hatred for the new invader has grown boundless. Tersely, she told me what she thought of the situation. “For two hostages, Israel has taken the whole of Lebanon hostage.”
Someone else told me: “Instead of attacking its real enemies, Iran and Syria, Israel preferred to destroy an innocent and peaceful country because it is weak.”
Even the soldier abducted by Hamas in Gaza has given Israel the pretext to bomb, demolish and destroy Gaza. In the name of security and survival, Israel seems to be throwing everything at its disposal at its neighbours in order to destroy them—all this with the backing of the most powerful countries in the world.
I would personally use all my strength to fight for the security of Israel, but I ask myself. Does Israel need security so much? Shouldn’t its Palestinian, Lebanese and Syrian neighbours get at least as much security?
A wrong and entirely disproportionate reaction
In three weeks almost a quarter of the Lebanese population was forced to flee. Nothing like it happened during the civil war. Israel’s extreme blind violence has already killed 900 people and injured another 3,000, whilst suffering 64 dead, 24 of them civilians.
When Israel’s reaction is said to be disproportionate it is just a statement of fact, not an emotional outburst. Israeli Prime Minister Ehud Olmert said: “We want to uproot Hezbollah’s terrorism”. But was it necessary to destroy an entire country to get at Hezbollah. Was it necessary to destroy all of the main roads, the bridges, Beirut’s recently renovated Rafik Hariri International Airport, the highway to Syria, the power station, three ports, a milk factory, etc., only because Hezbollah might have used them? If this is goes on, nothing will be left in Lebanon!
More to the point, how can terrorism be uprooted? The experience of the last five years has shown that the fight against terrorism cannot be pursued by military means alone. On the contrary, with the illegal invasion of Iraq terrorism has spread and proliferated. The roots of terrorism are not military, but ideological, cultural and some times spiritual. This is what must be uprooted.
Hezbollah’s actions are unforgivable
I have never accepted Hezbollah’s claim that it had a mission to defend the homeland; only the army has.
Hezbollah is the only armed militia left standing after the civil war ended in 1991. The party’s position is unacceptable. The recent UN Resolution 1559, which calls for the demilitarisation of all armed groups in the country, must be implemented.
It is necessary to know a bit of Hezbollah’s history to understand how much it is an anomaly.
Like other militias, Hezbollah emerged during the civil war, but unlike them, it was created in the wake of Israel’s second invasion of Lebanon in 1982.
Officially, it was founded on February 16, 1985, but in fact it was set up on November 22, 1982. Its mission was to free the southern parts of the country—where many Shiites live—from the invader.
This is one of the essential factors that fuel Mideast Islamic terrorism: respond to the terrorism and the continuous attacks by the State of Israel, and above all its occupation of non-Israeli territories.
Israel’s almost 40-year-old occupation of Palestine is one of the fundamental causes of Middle Eastern Islamic terrorism.
In the name of security Israel has engaged in expansionist wars to enlarge its territory. Comparing the territory assigned by the United Nations to Israel in 1947 to that of 1948-49, 1956 (attack against Egypt over Suez), 1967 (Six Day War), and today, it is clear that Israel has always increased its territory, doubling it. All this was done illegally, i.e. without the approval of the United Nations, the only international body that can give legitimacy to a nation.
At any rate, under occupation part of the population became galvanised by the idea of taking revenge against Israel (encouraged by false Islamic arguments) and at least initially backed and expressed sympathy for Hezbollah.
It must also be said that even if Hezbollah was right in provoking Israel (I don’t think it was), its action was unforgivably stupid from a strategic point of view. Its provocation has resulted in hundreds of dead and above all in the destruction of the country which was rebuilding itself for the past 15 years from the ruins left by the civil war.
Lebanon is now nearly all destroyed. Reconstruction will require billions of euros and who knows how much time.
The one economic activity it had going for it was tourism. But tourists have now fled and no one knows when they will be back.
The country’s situation is catastrophic. The population’s morale is at its lowest.
The international community has abandoned Lebanon
The international community has always said that it was concerned about the fate of Lebanon. But what does that mean? In politics, deeds are what count.
Right now the UN and European proposal of sending an international force to guarantee a ceasefire is the one that makes most sense, but I am afraid that it will take a lot of time to be implemented.
Israel is bent on going ahead with its plans and claims the right to do so, backed by some powers, especially the United States, which has unconditionally lined up behind it.
In their own way, the G8 countries have justified the war by only criticising Israel’s excessive use of force rather than condemning its action altogether.
The problem is not the excessive reaction but the reaction itself. No one has the right to use a pretext to make war. There is a qualitative difference between Hezbollah’s provocation and a war that involves the use of air and naval power as well as tanks. Lebanon did not send in its army. On the contrary, the Lebanese government knew nothing of Hezbollah’s actions. What is more, attacks by both sides in southern Lebanon were not something new. So why such a violent reaction this time?
Addressing the underlying problems and finding lasting solutions
Right now it is urgent and necessary to get a ceasefire and UN troops deployed. With a lot of difficulties the international community is trying to find ways to implement it. But it is really important to stop this unjustifiable war.
In a balanced statement, the Vatican secretary of State Cardinal Sodano said on July 14:
“As in the past, the Holy See also condemns both the terrorist attacks on the one side and the military reprisals on the other. Indeed, a state's right to self-defence does not exempt it from respecting the norms of international law, especially as regards the protection of civilian populations. In particular, the Holy See deplores the attack on Lebanon, a free and sovereign nation, and gives assurances of its closeness to those people who have suffered so much in the defence of their own independence.”
However, the war will start all over again at the first opportunity if there is no international multilateral solution (and not unilateral as was the case for Lebanon and Gaza) that recognises the rights of Israel and Palestine. The Pope said this to the diplomatic corps last January 9. In the Holy land, “the state of Israel has to be able to exist peacefully in conformity with the norms of international law; there, equally, the Palestinian population has to be able to develop serenely its own democratic institutions for a free and prosperous future.”
Unfortunately, the international community seems to be distracted by other problems. Everyone is more concerned that whatever choices are made they do not impact one or the other party. It seems that in the end there is no desire to find a solution to the underlying problems.
This war might be stopped, but if no solution is found for the root causes, there will be another one soon, and then another.
We must have the courage to find a lasting solution. This problem has been going on for decades and it is like a cancer that is always mutating.
Any radical solution must be based on international law. This means implementing Resolution 242, which requires all parties to pull back to their internationally recognised boundaries, then Resolution 1559, which calls for the demilitarisation of all Lebanese militias (like Hezbollah’s). It also means that Arab states must recognise Israel within its international borders, and Israel must recognise its neighbouring states (Egypt, Palestine, Lebanon and Syria) within their own international borders. All sides will then be able to exchange ambassadors (let us not forget that Syria has never recognised Lebanon’s international borders nor exchanged ambassadors). Only then shall peace be possible.
Lebanon’s Christians
The Christian community is under shock. To the last man and woman, it was always in favour of the country’s total independence and for this it has fought against Syria and paid a hefty price. With the exception of Hariri’s assassination, since Syria’s pullout last year, all murders involved Christian leaders.
Christians have always called for Hezbollah’s disarmament, but because of Syria’s influence have failed to achieve it. They know that as long as Hezbollah’s armed militias are allowed to exist, the agreements and the authority of the state will be flouted—which is what happened.
Now they have to live with the bombs or find refuge in some other country. Then again Christians cannot find refuge in neighbouring countries because they are all Muslim. For many, safety is in Europe and America. But unlike those who do go to Muslim countries, when Christians opt for the West it is a one-way journey and few come back.
The situation is so terrible that, as the Maronite bishop of Jbeil said, “more than 70 per cent of Christians still living in Lebanon want to leave as soon as Beirut International Airport opens”.
Our community will come out of this war even weaker, especially since terrorist violence is undeniably all by Islamic groups. Once again Christians are paying the highest price for Mideast violence.
At least one good thing has come out of this tragedy, namely the solidarity between Muslims and Christians. Outside aggression has brought together all of the nation’s communities. Christians have opened their churches, monasteries and schools to the refugees, whoever they may be, whatever their religion. And this is a beautiful thing to witness.

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ANNONCES

Dear members, partners and friends,

Join Nahwa Al-Muwatiniya, the Civil Society Organizations for Life and many other organizations and citizens to a civilian convoy to the south of Lebanon.


‘Lebanon: An Open Country for Civil Resistance’
Civilian Resistance: Call For Action & Solidarity For Lebanon


We, the people of Lebanon, call upon the local and international community to join a campaign of civil resistance to Israel’s war against our country and our people. We declare Lebanon an open country for civil resistance.

In the face of Israel’s systematic killing of our people, the indiscriminate bombing of our towns, the scorching of our villages, and the attempted destruction of our civil infrastructure, we say NO!

In the face of the forced expulsion of a quarter of our population from their homes throughout Lebanon, and the complicity of governments and international bodies, we re-affirm the acts of civil resistance that began from the first day of the Israeli assault, and we stress and add the urgent need TO ACT!

We urge you to join us in defying Israel’s aggression against our country and in defending the rights of the inhabitants throughout Lebanon, and particularly in the South, to live on their land. When the United Nations, created to preserve peace and security in the world, is paralyzed; when governments become complicit in war crimes, then people must show their strength and rise up. When justice and human rights are scorned, those who care must unite in their defense.

Building on our belief in our country, the efforts of the civil resistance, and on the arrival of the internationals coming to Lebanon for solidarity, we declare that Lebanon is an open country for civil resistance, starting from August 12.

On August 12 at 7 am, we will gather in Martyrs’ Square to form a civilian convoy to the south of Lebanon. Hundreds of Lebanese and international civilians will carry relief as an expression of solidarity for the inhabitants of the heavily destroyed south who have been bravely withstanding the assault of the Israeli military.

After August 12th, the campaign will continue with a series of civil actions for which your presence and participation is needed. Working together in solidarity we will overcome the complacency, inaction, and complicity of the international community and we will deny Israel its goal of removing Lebanese from their land and destroying the fabric of our country.

To sign up to join the convoy, contact either:
Rasha Salti rasalti@aol.com 03 970855
Rania Masri rania.masri@balamand.edu.lb 03 135279 06 930250 x 5683 or x 3933

Please check the website of this campaign after midnight tonight: www.lebanonsolidarity.org

This campaign is thus far endorsed by more than 200 organizations, including: The Arab NGOs Network for Development (ANND), International Solidarity Movement (ISM), Cultural Center for Southern Lebanon, Norwegian People’s Aid, Lebanese Center for Policy Studies, Lebanese Association for Democratic Elections, Frontiers, Kafa, Nahwa al-Muwatiniya, Spring Hints, Hayya Bina, Lebanese Transparency Association, Amam05, Lebanese Center for Civic Education, Let’s Build Trust, CRTD-A, Solida, National Association for Vocational Training and Social Services, Lebanese Development Pioneers, Nadi Li Koul Alnas, and Lecorvaw.

10 comments:

Katia (Montréal) said...

Je continue de te lire :)

Continue d'écrire...

Katia

brigetoun said...

et nous continuons de vivre notre vie tranquile, puisque nos gouvernants ne font rien - et de doctes personnages pèsent les responsabilités - et nous devrons bientôt nous considérer comme tous menacés par le Hezzbollah. Que vous dire ?

ursule said...

Pamela,

Oui, continue : on a tous besoin de toi!

Bonne chance et,

À demain.

André.

Carole Duval, Québec said...

Chère Pamela,chaque jour je te lis comme tant d'autres, continues car tu nous fait voir la réalité contrairement à certains médias qui la déforme. Nos prières vont vers vous.

Anonymous said...

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Anonymous said...

big thanks to the author for new)

Anonymous said...

Je viens de découvrir pchrabieh.blogspot.com et je tiens à dire : " Quelle belle image ! " Je vais sûrement vous contacter si nous avons besoin d'un photographe professionnel .

Anonymous said...

I have read your stories but this is my first time to comment, i love your work