Saturday, July 29, 2006

I WILL NEVER STOP FIGHTING: LEBANON WAR 2006



JE N'ARRÊTERAI JAMAIS MA LUTTE !!!
29 juillet 2006

Kofi Annan réunira lundi à New York les pays prêts à participer à une force multinationale. Rice est de retour aujourd’hui pour hâter la mise en place des conditions d’un cessez-le-feu. Des « conditions » !!! Y aurait-il des conditions lorsqu’un peuple se fait lyncher? Y aurait-il un « bon moment » à attendre? Y aurait-il du temps à perdre - ou à gagner pour certains - lorsqu’un pays entier est frappé par le dernier Tsunami multiplié par cent? 18 jours et nuits de puissants séismes, de secousses telluriques, de ravages, d’annihilation… Oui, des couloirs humanitaires sont mis en place. Mais pourquoi ces couloirs alors que les intenses matraquages aériens et offensives terrestres n’ont pas arrêté? Pourquoi attendre et attendre quoi?
Saviez-vous que depuis deux jours, l’Arabie Saoudite a organisé un Téléthon pour le Liban et quelques minables 20 millions de dollars ont pu être assemblés…. LE PAUVRE LIBAN A VENDRE ! Des courtiers râlaient toute la journée et montraient des images de destructions et de morts. 20 millions de ce pays de l’or noir avec ses milliards et ses milliards, et qui ne s’empêche pas de s’immiscer dans les affaires internes libanaises… Bien sûr, il y a le milliard de dollars de déposé dans la Banque Nationale Libanaise (à rendre une fois la guerre terminée), et les 500 millions de la part du souverain (qu’on peut oublier car ils arriveront sûrement dans la poche de nos gouvernants). Et les enchères ne font que monter! A qui payerait le plus – et le moins ! L’Iran, la Syrie, la Jordanie, l’Europe, le Canada (malheureux 4.4 millions de dollars), les États-unis (ah oui! MERCI POUR LES PITEUX 10 MILLIONS DE DOLLARS, 0.33% DE L’AIDE ANNUELLE ACCORDÉE À L’AGRESSEUR ISRAÉLIEN!!!), etc. Le Liban et le peuple Libanais sont otages d’une guerre régionale et internationale se déroulant sur leur terre. « Ils auront du mal, une fois de plus, à distinguer les pyromanes des pompiers » (citation de Issa Goraieb, OJ, 29 juillet 2006).
Je n’ai plus peur. Je suis en colère depuis hier. La colère a remplacé la peur. Peur de quoi? De perdre notre vie? Mais de quelle vie s’agit-il? Et encore, je me sens privilégiée lorsque je me compare à ces enfants qui perdent leur vie, leurs parents, leur foyer, leur enfance, leur innocence, encore et encore… Des enfants aux yeux vides, traumatisés…Mon enfance fut marquée par la guerre, mon adolescence, ma vie d’adulte… Je lutte quotidiennement pour ne pas sombrer dans la dépression, l’angoisse, l’hystérie. Je lutte pour survivre. Et c’est le cas de tous les Libanais, et de tous ces peuples qui se font lyncher partout dans le monde. J’ai choisi le chemin de l’écriture, de la peinture, de la dénonciation des injustices et des inégalités par la lettre, la forme et la couleur, de la remise en question des tabous, des impensés, des impensables. J’ai choisi le chemin du dialogue, de la construction de la paix, de l’amour de la mère-patrie, même si pour certains, cet amour est une maladie originelle. Un dur chemin, empreint d’embûches, d’obstacles, de larmes… Et de sourires… Pour ces sourires, je continuerai mon combat. Pour ces sourires, mon espoir ne sera pas détruit par les humiliations, bombardements, vexations et profanations. Pour ces sourires, mes convictions d’un monde meilleur ne seront pas anéanties.
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Saturday 29 July, 2006.
14:02 p.m.

Last night, I found myself listening to Dr. Alban’s “It’s my life” and boogying next to Lebanon’s plastic girls dressed in gold and pink feathers, “zouzous” (low class Lebanese) and some familiar schoolmates. Strangely, all gathered in Broummana, a Lebanese village, commemorating the opening of some Down Town club. Lebanese had got to discover the mode to carry on their renowned night life no matter the circumstances. Should we feel pompous because of the latter or should we be appalled as other Lebanese are fading all over our land? Whatever our feelings and the stance that fume inside our psyche and soul, the fact is that yesterday’s Lebanese were struck by a euphoria, which reminded me of the rave scene in Matrix 3. Don Perignon bottles were on every table and I couldn’t help overhearing some chap mentioning his exile in Faraya, another Lebanese village famous for its ski resort, and his new pact with Stolichnaya. As if war, death and destruction had never existed weather now or 30 years ago. Have the Lebanese lost their wits, common sense and reason or is it their newly adopted self-mechanism in the face of mankind’s abolition?

Michele Chrabieh
Bikfaya, Lebanon.
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Vibrante déclaration de Vanessa Redgrave et de plusieurs responsables de l’Unicef : Les corridors humanitaires en attendant un cessez-le-feu
Vanessa Redgrave, représentante spéciale de l’Unicef depuis 1993, Robert Smith, ancien directeur exécutif de l’Unicef en Grande-Bretagne, sir Richard Jolly, ancien directeur exécutif adjoint de l’Unicef, et Terry Waite, CBE, ont lancé un vibrant appel pour l’ouverture de corridors humanitaires au Liban en attendant un cessez-le-feu.Voici le texte intégral de leur déclaration :« La mort, la destruction et la souffrance au Liban sont terribles et la situation ne fait que se dégrader. Avec un million de personnes déjà touchées, dont au moins un tiers d’enfants, une aide d’urgence et d’autres soutiens sont urgemment requis. Une telle démarche nécessite un cessez-le-feu. On nous répète pourtant que ce cessez-le-feu doit attendre jusqu’à ce que les conditions soient remplies – des conditions définies seulement en termes de tactiques militaires et de priorités – et non pas en termes de besoins humanitaires.« Tel n’a pas toujours été le cas. En 1987, au Liban, au milieu des conflits sanglants, “des journées de tranquillité” ont été négociées par l’Unicef pendant quatre jours, au cours de trois mois consécutifs, pour permettre aux enfants d’être vaccinés. La réparation des canalisations d’eau et la remise en fonction des stations de pompage ont été possibles grâce à des “heures de tranquillité”. Les négociations n’ont pas été faciles – au moins six factions en guerre y étaient engagées, y compris le Hezbollah. Mais l’accord a été conclu, et même la Syrie a accordé son soutien. La vie de milliers d’enfants a été ainsi sauvée.« En 1991, durant la première guerre d’Irak, pendant que les avions américains survolaient le pays, “un corridor humanitaire” a été aménagé en vue de faciliter la livraison de matériels médicaux, d’équipements de pompage et de purification d’eau à Bagdad en provenance d’Amman, pour garder opérationnels les systèmes sanitaires. Ce corridor a été réalisé grâce à des négociations avec les États-Unis, la Grande-Bretagne et Tarek Aziz, ministre irakien des Affaires étrangères à l’époque.« Pourquoi devons-nous attendre aujourd’hui ? L’Europe et les États-Unis – et bien sûr Israël – doivent s’entendre sur l’ouverture de corridors humanitaires et l’instauration de journées de cessez-le-feu au cours desquelles les approvisionnements répondant aux besoins des civils, et particulièrement des enfants, pourront être livrés.« Un “nouveau Moyen-Orient” dépend des enfants et de la jeunesse libanaise et palestinienne, qui peut récolter les fruits de la paix et non pas uniquement la haine de la guerre. Si les gouvernements ajournent leurs efforts pour un cessez-le-feu immédiat, ne serait-ce que d’une semaine, beaucoup, beaucoup d’autres enfants mourront, et bien plus seront handicapés à vie. Quel nouveau Moyen-Orient y aura-t-il alors ? Un cessez-le-feu immédiat est requis. »
(OJ, 29 juillet 2006)
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"Aujourd'hui dans la section des nouvelles deRadio-Canada, il y avait la question suivante: Selon vous, quel rôle devrait jouer la communautéinternationale dans la crise israélo-libanaise? Belle question non? Ma réponse?On devrait s'imaginer que les deux pays en questions sont la France et la Belgique et il faudrait réagir comme on le ferait pour ces deux pays occidentaux. On ne poserait pas la question, on ne ferait pas de réunion internationale, on rentrerait et on imposerait la paix. Après quoi on diffuserait sur toutes les chaînes mondiales que les respect des intégrités physique et nationale sont des droits inaliénalbes que nul ne peut enfreindre. Et toute la planète applaudirait et verrait comme c'est beau la solidarité humaine. ...Et non prendre un pays occidental et un pays "du tiers-monde", exactement comme c'est le cas au Moyen-Orient. Mais Israel n'est pas un pays occidental me dira-t-on. D'accord, mais ses dirigents, son élite, ses citoyens post 1945 le sont, et le pays estgouverné par les enfants d'Europeens etd'États-Uniens. La "souche" juive locale (qui, soitdit en passant, est arabe et en a l'air) vit dans la misère et la discrimination.Alors pourquoi s'étonne-t-on de l'appui nord-américain? Et du silence occidental?"
(Katia, Montréal)
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LES BOMBES PROHIBÉES PAR LES CONVENTIONS INTERNATIONALES
Plusieurs types de bombes sont prohibées par les conventions internationales, telles que la bombe au phosphore ou la bombe consommant l’oxygène qui auraient été utilisées par l’aviation israélienne contre les positions du Hezbollah, selon l’armée libanaise.
– Bombe au phosphore : il s’agit d’une bombe incendiaire au phosphore (blanc ou rouge) largement utilisée pendant et depuis la Seconde Guerre mondiale. Le phosphore blanc s’enflamme spontanément à l’air dès 34 degrés Celcius. La forme rouge est plus stable, mais doit néanmoins être manipulée avec précaution.
– Bombe consommant l’oxygène : appelée encore « bombe à implosion » ou « bombe à vide », elle consomme l’oxygène dans les environs de l’objectif visé, provoquant une dépression qui entraîne l’effondrement des bâtiments.
– Bombe au napalm : il s’agit d’une autre bombe incendiaire utilisant le napalm, une substance basée sur l’essence inventée à l’université Harvard en 1942. Sa formule est faite pour brûler à un taux précis et coller aux objets et aux personnes. En 1980, son usage contre les populations civiles a été interdit par une convention des Nations unies.
– Bombe à fragmentation : c’est une bombe qui explose avant d’atteindre sa cible ou à l’impact, en libérant des milliers d’éclats qui se propagent à haute vitesse dans des directions aléatoires ou précises en fonction des effets désirés. La charge explosive ne constitue en général qu’un quart, voire moins, de la masse totale de la bombe. Le reste de l’engin se divise en une multitude de projectiles meurtriers et incandescents.
– Bombe à sous-munitions (BASM) ou « Cluster Bomb » : il s’agit d’une bombe à fragmentation de nouvelle génération, composée d’un conteneur principal qui libère en l’air plusieurs centaines de petites bombes sur une large zone explosant au contact du sol.
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Témoignages sur l’usage par Israël de munitions controversées
Des personnels de santé et des militaires libanais affirment avoir constaté des blessures qui leur font suspecter l’emploi par l’armée israélienne d’armes dont l’usage est strictement réglementé dans les zones urbaines et contre des civils, rapportent Jihad Siqlawi et Taher Abou Hamdan, de l’AFP.« Pourquoi ma mère brûle-t-elle aussi ? » hurle le petit Hussein Mahdi, 9 ans, dont les médecins assurent qu’il souffre de graves brûlures causées par des bombes au phosphore supposées avoir été tirées par l’armée israélienne contre des civils au Liban-Sud. Personne n’a osé dire à l’enfant que sa mère était morte, car sa douleur est déjà insupportable : il est brûlé à la poitrine, au visage, aux mains, aux jambes et sur le dos et ne cesse de pleurer en se retournant dans son lit tant les escarres le font souffrir.Un raid aérien israélien a détruit sa maison à Naqoura, tuant sa mère et sa sœur de 11 ans, et il a été transporté par ambulance vers un hôpital de Beyrouth, après un voyage hasardeux sur la route côtière perforée par les obus.Mohammad Salam, chef de l’équipe de secours de Tyr, a raconté avoir évacué une femme et sa fille « blessées et inconscientes après un raid aérien qui a détruit une maison près du village de Bazouriyé ».« Mais, dans les décombres, j’ai trouvé enveloppé dans une couverture un bébé de neuf mois. Lorsque je l’ai sorti et déshabillé pour le porter dans une ambulance, son corps a soudain noirci au contact de l’air », a ajouté Mohammad Salam, qui s’est déclaré convaincu que le nourrisson avait été blessé par une bombe au phosphore.Ces témoignages n’ont pu être corroborés par des sources médicales indépendantes. De son côté, interrogée sur l’emploi de bombes à fragmentation et au phosphore, l’armée israélienne s’est bornée à indiquer qu’elle avait « recours uniquement à des armes autorisées par la loi internationale ».Un officier supérieur du génie de l’armée libanaise a fait état de l’utilisation dans la région du Aarqoub, dans le sud-est du Liban, de bombes à sous-munitions, d’obus d’artillerie à sous-munitions perforantes qui peuvent traverser plusieurs étages et d’obus d’artillerie « cargo » qui dispersent des sous-munitions ou des mines.Un expert occidental en armement basé au Liban a également affirmé à l’AFP qu’« Israël utilise incontestablement des bombes à sous-munitions ». « Elles servent normalement à attaquer des véhicules blindés et il est totalement incorrect d’en faire usage contre les civils », a estimé l’expert.« En outre, nous avons des rapports sur l’utilisation de bombes au phosphore et d’obus d’artillerie à sous-munitions perforantes », a-t-il ajouté. « Ces armes ne sont pas interdites par la convention de Genève, mais leur usage n’est pas autorisé contre des civils et des centres urbains », a-t-il rappelé.Le 24 juillet, l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) avait affirmé qu’Israël utilisait des munitions à fragmentation dans des tirs d’artillerie au Liban et elle avait appelé l’État hébreu à cesser immédiatement l’usage de telles armes.Selon HRW, « des témoins et des survivants » au Liban ont rapporté qu’Israël avait conduit le 19 juillet une attaque à l’aide de munitions à fragmentation contre le village de Blida dans laquelle une femme de 60 ans avait trouvé la mort et 12 civils avaient été blessés, dont sept enfants.Le 23 juillet, les enquêteurs de HRW ont photographié ce type de « munition à fragmentation au sein même de l’arsenal militaire d’une division d’artillerie israélienne stationnée à la frontière avec le Liban ».« Les munitions à fragmentation sont des armes intolérablement imprécises et peu fiables à utiliser à proximité de civils », s’est indigné Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch.« Elles ne devraient jamais être utilisées dans des zones peuplées », a déploré M. Roth.
(OJ, 29 juillet 2006)
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Lettre ouverte à Stephen Harper, premier ministre du Canada.

Monsieur Stephen Harper,
Premier Ministre du Canada.

Monsieur le Premier Ministre,

Votre prise de position à l’égard du massacre injustifié des populations civiles libanaises me trouble au plus haut point. Et que vous mainteniez cette position encore aujourd’hui, tout en sachant qui sont les véritables victimes de cette tuerie sans précédent de la part d’Israël non seulement inquiète et m’inquiète terriblement, mais aussi me déçoit au plus haut point. En fait, je n’arrive pas à trouver de mots assez forts pour condamner votre attitude et votre prise de position face à la crise humanitaire planifiée et provoquée, sans aucun droit, par l’état d’Israël. Un peu comme Pilate le fit, il y a déjà un peu plus de deux mille ans, vous avez les deux mains dans le « Lavabo », croyant ainsi pouvoir vous en laver les mains. Mais attention, monsieur Harper, vous commettez là une très grave erreur dont ma génération et les générations futures se souviendront toujours : ce n’est pas de l’eau qui vous lave les mains, c’est du sang : le sang de jeunes enfants innocents, de leurs mères, de leurs sœurs, de leurs frères de leurs pères…tous des civils. Non seulement vous appuyez les dirigeants israéliens, qui se pourlèchent devant tant de morts d’Innocentes victimes, mais vous persistez à appuyer ces crimes quotidiens contre l’humanité. Et voilà que, maintenant, vous approuvez aussi qu’Israël largue ses « bombes américaines », celles de votre ami Bush, sur les édifices abritant des représentants de l’ONU. J’ai honte. J’ai honte pour vous. J’ai honte aussi d’avoir voté pour vous, j’ai honte d’être Canadien.

Israël est un État reconnu comme tel par l'ONU et la très grande majorité des pays de la Planète. À ce titre, Israël n'a aucunement le droit de se faire justice par les armes, surtout quand elles visent délibérément des civils. Israël, quoique certains en pensent ou en disent, peu importe l'endroit où ils habitent, nonobstant leurs croyances, religieuses ou autres, n'a pas d'autre statut, droit ou privilège, que celui d’un PAYS COMME LES AUTRES. Malgré le silence concerté de la plupart des États occidentaux, les actes de violence et de guerre qu'Israël multiplie à l'égard du Liban et de son Peuple, de la Palestine et de son Peuple constituent des crimes outrageux contre l'Humanité.

En aucun cas, l'on ne doit ni ne peut invoquer son « Passé » pour commettre des actes de barbarie, aussi triste et douloureux qu'ait pu être ce « Passé » ! Ainsi doit-il en être pour Israël qui, malgré son lourd passé, doit vivre le présent en préparant l’Avenir, celui de son Peuple, celui aussi de l’Humanité. Or, cet Avenir ne repose pas sur le crime et la barbarie. Car, Si tel était le cas, l’Avenir serait chose du passé…
« Œil pour œil, dent pour dent » ! Avec une devise aussi violente qu'archaïque, que trop de pays semblent avoir faite leur, je commence à craindre sérieusement pour la sécurité des pays et des personnes qui osent s’opposer aux crimes contre l’humanité commis par l’État d’Israël et ce, quelque soit la nationalité de l’opposant pacifiste !

En espérant que vous révisiez vos déclarations, dans le cadre des crimes contre l‘Humanité commis par l’état d’Israël au Liban et en Palestine, je vous prie d’accepter, monsieur le Premier Ministre, mes salutations distinguées.

André Tremblay, Québec, le 27 juillet 2006.
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L’émergence du Hezbollah, aboutissement d’un lent processus de maturation sociopolitique :
Étude réalisée par Michel HAJJI GEORGIOU et Michel TOUMA

Quelle que soit l’issue du conflit actuel qui secoue le pays, un vaste débat sera sans doute ouvert sur l’avenir politique du Hezbollah et la nature de ses rapports futurs avec les autres composantes du tissu social libanais. D’ores et déjà, certaines questions sont sur toutes les lèvres. Les décisions politiques du Hezbollah sont-elles, oui ou non et dans quelle mesure, tributaires de la raison d’État iranienne ? Le Hezbollah est-il motivé par des considérations strictement communautaires qui dépassent le cadre du Liban et qui s’inscrivent dans un schéma régional plus large ? Comment expliquer la rapide montée en puissance de cette formation chiite ?Dans une série de trois articles, Michel Hajji Georgiou et Michel Touma analysent les différents facteurs historiques, sociologiques, doctrinaux et politiques qui constituent l’ossature et les fondements du Hezbollah. Le premier article expose le lent processus historique et sociopolitique qui a pavé la voie à la naissance du parti, au début des années 80. Le deuxième article aborde les circonstances qui ont marqué la création du Hezbollah, ainsi que les racines et les grandes lignes directrices qui sont à la base de son action politique. Enfin, les questions sociologiques et doctrinales, sous l’angle de la philosophie politique, sont analysées dans le dernier article.Ces trois articles sont tirés d’une étude complète sur le sujet publiée par les auteurs dans le numéro 77 de la revue Travaux et jours de l’Université Saint-Joseph.L’émergence du Hezbollah sur la scène politique libanaise au début des années 80 est en quelque sorte le couronnement d’une longue maturation de l’affirmation de la présence et de l’identité des chiites en tant que communauté sociopolitique sur l’échiquier local. Afin de cerner les conditions objectives qui ont pavé progressivement la voie à la rapide implantation du Hezbollah dans le pays, il serait d’abord utile de se livrer à un rapide survol de la situation peu enviable à laquelle cette communauté a été confrontée à travers l’histoire contemporaine du Liban.Sous l’Empire ottoman, les droits des chiites n’étaient pas reconnus, comme le démontre la formation au XIXe siècle, conformément au règlement dit de Chékib Effendi, d’un conseil consultatif dans chacun des deux caïmacamats créés au Mont-Liban au milieu du siècle. À la suite du déclenchement, en 1845, de troubles confessionnels dans la montagne, les grandes puissances de l’époque engagèrent des pourparlers avec les autorités ottomanes afin de mettre un terme aux affrontements. Du fait de ces démarches internationales, le ministre turc des Affaires étrangères, Chékib Effendi, décida de créer au sein de chacun des deux caïmacamats de la montagne un conseil mixte regroupant – à raison d’un délégué par communauté – des juges représentant les maronites, les grecs-catholiques, les grecs-othodoxes, les sunnites et les druzes. Le juge sunnite était ainsi chargé de représenter en même temps les chiites1.Cette discrimination se poursuivra jusqu’à la chute de l’Empire ottoman et il faudra attendre pratiquement jusqu’en 1926 pour que l’existence de la communauté chiite, en tant qu’entité, soit officiellement reconnue2. Cette reconnaissance est dans une certaine mesure l’une des conséquences de la proclamation du Grand Liban, en 1920. Mais parallèlement à cette retombée à caractère politique, le rattachement de régions périphériques au Petit Liban (formé essentiellement de la montagne) aura aussi des effets considérables sur la structure socioéconomique de la nouvelle entité du Grand Liban.En raison de la large autonomie dont il bénéficiait dans le cadre de l’Empire ottoman, le Petit Liban avait connu au fil des années un développement substantiel tant au niveau de l’infrastructure de base que sur le double plan culturel et pédagogique. La prolifération d’écoles privées relevant des missions religieuses étrangères ainsi que la fondation de deux grands établissements universitaires occidentaux (l’Université Saint-Joseph et l’Université américaine), de même que l’ouverture, d’une manière générale, sur la culture occidentale ont fait du Petit Liban un phare pédagogique et culturel privilégié dans la région. Dans le même temps, les infrastructures de base se sont sensiblement développées, non seulement au Mont-Liban, mais également à Beyrouth qui s’est peu à peu imposée de facto comme la capitale de l’entité libanaise restreinte. Le Petit Liban et avec lui Beyrouth ont bénéficié du développement du réseau routier, du port, de la voie ferroviaire reliant le littoral à Damas, en passant par la montagne, sans compter l’infrastructure hospitalière et médicale en pleine expansion, l’extension des moyens de transport public et, surtout, la création d’un grand nombre d’entreprises commerciales et industrielles, notamment à Beyrouth3.Le rattachement, en 1920, des villes de Tripoli et Saïda, et des régions du Sud, de la Békaa et du Nord au Petit Liban a donné naissance à une entité caractérisée, globalement, par un profond clivage – sur le plan des niveaux de vie culturels, pédagogiques et socioéconomiques – entre le « centre » (Beyrouth et la montagne, en l’occurrence le Petit Liban) et la « périphérie » (les régions nouvellement rattachées au Petit Liban, qui dépendaient directement de « l’hinterland » ottoman et qui n’avaient donc pas bénéficié de l’essor enregistré au Mont-Liban du fait de l’autonomie dont jouissait cette région)4. Ce fossé socioéconomique s’est maintenu longtemps après l’indépendance de 1943. Il a constitué les germes de la situation sociale peu enviable dans laquelle a été maintenue la communauté chiite qui représentait pratiquement le gros de la population des régions périphériques défavorisées rattachées au Petit Liban.Le caractère essentiellement maronito-sunnite du pacte national de 1943 et du partage de pouvoir instauré après l’indépendance a contribué à ajouter un aspect politique à la marginalisation socioéconomique des chiites, d’autant que la classe politique chiite de la période postindépendance était formée principalement de leaders féodaux traditionnels qui se sont avérés être déconnectés, dans une large mesure, des réalités populaires de leur communauté. Si bien que le pouvoir central n’avait aucun scrupule à négliger, en termes de politique de développement global (dans les différents domaines), les régions périphériques (principalement chiites).L’action des ulémas et de Moussa SadrLa situation de la population chiite s’est davantage dégradée à la fin des années 60 et au début des années 70 avec l’implantation des organisations armées palestiniennes au Liban-Sud, la recrudescence des opérations menées par les Fedayine contre Israël à partir du Arkoub et les représailles israéliennes qui visaient la région méridionale, donc des zones à forte densité populaire chiite. Il en a résulté un mouvement d’exode progressif, mais soutenu, de ces populations en direction des banlieues de la capitale. Ces Sudistes forcés à l’exode sont venus grossir ainsi les rangs d’un sous-prolétariat chiite qui constituait déjà autour de la capitale une « ceinture de misère ».C’est dans un tel contexte potentiellement explosif qu’ont débarqué à Beyrouth dans le courant des années 60 un certain nombre d’ulémas chiites qui venaient d’achever leur formation religieuse à Qom ou à Najaf. Trois d’entre eux, l’imam Moussa Sadr, cheikh Mohammad Mehdi Chamseddine et cheikh Mohammad Hussein Fadlallah, se sont rapidement distingués par leur charisme, leur vaste culture religieuse et leur vision claire de la voie qui devrait être suivie pour sortir les chiites de leur situation de population déshéritée. Tout en adoptant, au départ, un profil bas, ils ont multiplié les conférences, les rencontres et les débats au sein des clubs, des lieux de culte et des associations sociales, chacun dans une zone à forte implantation chiite5.L’imam Moussa Sadr s’est avéré être, sans tarder, le plus politisé des ulémas. Mettant parfaitement à profit un charisme peu commun, il sillonnait le pays et multipliait les conférences. Vers la fin des années 60, il s’était déjà imposé comme un pôle d’influence politico-communautaire dont l’étoile ne cessait de monter. En 1967, il réussit à obtenir du pouvoir central la formation du Conseil supérieur chiite, dotant ainsi la communauté d’une institution censée affirmer l’identité et la présence sociopolitique des chiites.Mal perçu par les politiciens traditionnels, qui voyaient en cette instance une sérieuse menace pour eux, le CSC a vu son rôle réduit à un simple regroupement de notabilités et de responsables qui tentaient tant bien que mal d’accorder leurs violons au sujet des questions politiques et nationales qui étaient au centre de l’actualité. Moussa Sadr s’est alors attelé à la création d’un mouvement populaire, le Mouvement des déshérités, ayant pour mission de répondre aux aspirations politiques et sociales de la communauté chiite, notamment sur le plan de la lutte contre le sous-développement socioéconomique dans lequel se débattaient les régions chiites au Liban-Sud, dans la Békaa et dans les banlieues de Beyrouth. L’un des objectifs sous-jacents de ce mouvement était aussi de soustraire les milieux populaires chiites à l’influence grandissante des partis arabisants ou de gauche, et des organisations palestiniennes armées, mais aussi de créer un substitut aux leaders féodaux traditionnels qui maintenaient la communauté dans un état de léthargie chronique.Définissant la ligne directrice de son action, Moussa Sadr prononce le 18 février 1974 un discours qui sera considéré par certains comme l’acte de naissance du chiisme libanais, sa première expression politique en tant que telle : « Notre nom n’est pas “metwali”. Notre nom est celui du refus (“rafezun”), celui de la vengeance, celui de ceux qui se révoltent contre toute tyrannie. Même si nous devons le payer de notre sang, de notre vie … Nous ne voulons plus de beaux sentiments, mais de l’action. Nous sommes las des mots, des états d’âme, des discours … J’ai fait plus de discours que quiconque. Et je suis celui qui a le plus appelé au calme. J’ai assez lancé d’appels au calme. À partir d’aujourd’hui, je ne me tairai plus. Si vous restez inertes, moi non … »6Le Mouvement des déshérités a constitué ainsi la première structure sociopolitique dont avaient pu se doter les chiites du pays depuis l’époque de l’Empire ottoman. Face à l’implantation des organisations palestiniennes armées dans le Arkoub et sous l’effet de l’escalade militaire qui s’est ensuivie, l’imam Sadr a créé secrètement, au début des années 70, une milice armée, le mouvement Amal, encadrée et entraînée par le Fateh. L’existence de cette milice – devenue la nouvelle façade du Mouvement des déshérités – a éclaté au grand jour en 1974 à la suite d’une explosion meurtrière survenue lors d’un entraînement militaire organisé dans la Békaa. L’apparition du mouvement Amal sous l’impulsion de Moussa Sadr a permis ainsi de canaliser au sein d’une structure communautaire le sous-prolétariat chiite qui, en l’absence d’une telle structure, avait été attiré et phagocyté par des partis laïcisants ou de gauche, tels que le Parti communiste, l’Organisation de l’action communiste (OACL) ou le Baas.Cette action politique et militaire menée par l’imam Sadr ainsi que l’ensemble de la situation politico-socio-économique désastreuse dans laquelle se débattaient les chiites depuis de nombreuses années – et dont les racines remontaient à 1920 – ont constitué le terreau qui favorisera l’émergence et le rapide renforcement du Hezbollah dans le courant des années 80. Pour certains observateurs, la culture politique que Moussa Sadr a contribué à enraciner et qu’il a puisée dans les valeurs du chiisme, ainsi que l’éveil communautaire qu’il a suscité ont frayé la voie à la création du Hezbollah7.
Prochain article« La naissance du Hezbollahet les fondements de son action politique »
1. Edmond RABBATH, La formation historique du Liban politique et constitutionnel, Publications de l’Université libanaise, Beyrouth 1973.
2. Theodor HANF, Liban, coexistence en temps de guerre, de l’effondrement de l’État à l’essor de la nation, Centre d’études euro-arabe, Paris, 1993, traduit de l’allemand.
3. Theodor HANF, Liban, coexistence en temps de guerre, de l’effondrement de l’État à l’essor de la nation, op.cit.
4. Ibid.
5. Naïm KASSEM, Le Hezbollah, orientation, expérience et avenir, éditions Dar al-Hadi, Beyrouth.
6. Walid CHARARA et Frédéric DOMONT, Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste, Fayard, Paris, 2004.
7. Ibid.
(OJ, 29 juillet 2006)
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À Beyrouth, un concerto pour trompette et bombes israéliennes:

Un trompettiste libanais, Mazen Kerbaj, a enregistré un duo avec l’armée de l’air israélienne en se postant sur son balcon, à Beyrouth, pendant des bombardements. Le morceau qu’il a réalisé combine sa propre musique et le bruit des explosions.« J’étais à environ trois kilomètres (des bombes), je les voyais exploser et je les entendais, mais je savais que j’étais en sécurité », a expliqué Kerbaj à la BBC. « C’est un peu éprouvant pour les nerfs, mais j’ai vite compris que si je jouais de la musique en même temps, ce serait mieux que d’entendre simplement ce qui se passe. D’une certaine façon, mon attention était détournée et je me suis concentré entièrement sur la musique. » Interrogé sur l’opportunité d’une telle démarche artistique au beau milieu d’un conflit meurtrier, il a répondu : « Lâcher des bombes sur des enfants qui fuient leurs villages est bien pire, en matière de mauvais goût. »Il espère que cet enregistrement permettra aux gens de se rendre compte de ce que vit Beyrouth au quotidien. « Ce n’est pas comme sur CNN. Ce n’est pas un film hollywoodien, c’est la réalité », a-t-il dit.
(OJ, 29 juillet 2006)
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Here you will find one of the largest collections of black and white, and colour images of the war in Lebanon. The photographs, from various sources, from 1958 to 1990 are presented over the following pages and should be viewed in conjunction with reading the section on the Lebanese Wars:

4 comments:

Judith said...

Salut Paméla

Heureuse de te lire encore ce matin. Je voudrais changer le monde moi aussi. On en a déja parler de toute facon en classe. Ton sentiment doit être 100 fois plus fort maintenant que tu revis la guerre. Je vais attendre ton prochain message demain en espérant que la situation se sera améliorer. On le souhaite tous!

Judith

Anonymous said...

La population libanaise doit elle-même mettre le Hezbollah hors-combat: c'est je crois le seul moyen pour que ce conflit se termine. Israel a été attaqué par le Hezbollah: c'est tout à fait dans son droit de répliquer, tout comme celui du Liban de répliquer face à la réaction démesurée de l'État Hebreu. L'escalade de violence ne pourra cesser seulement que si la population libanaise se soulève, unie sans disctinction de religion, et met dehors un ennemi qui le ronge, le Hezbollah.

Astrid said...

Cette guerre est comme un écho à de nombreuses autres : des populations civiles massacrées en priorité par une armée suréquipée , une justification foireuse pour l'agresseur (comme si le Hezbollah représentait tout le Liban et tous les Libanais), des armes horribles et "interdites",...
Heureusement, une autre facette de l'humanité peut faire entendre sa voix. L'éternel combat de la vérité contre le mensonge, de l'humanité contre la barbarie, du bien contre le mal.
Quel est ce peuple qui se dit élu de dieu et qui commet les pires horreurs? Quelle honte!

audrey, France said...

Je ne m'attends pas à une condamnation de l'agression du Liban par George W. car cela reviendrait à critiquer l'invasion U.S. en Irak mais qu'attendent ces technocrates de l'ONU ? Que veut Israël ? On se demande pourquoi une telle aggression alors que le Liban est un des ses seuls pays voisins à ne pas prôner la destruction d'Israël. Si un pays arabe avait agressé de la sorte un de ses voisins, la communauté internationale l'aurait déja mis au coin.